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Le blog de Toni

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La princesse de Clèves, Madame de la Fayette

21 Mai 2010 , Rédigé par Toni Publié dans #Corpus de textes

Introduction: Madame de la Fayette écrit La princesse de Clèves en pleine période du classicisme et publie le roman en 1678. Cette oeuvre est considérée le premier roman moderne de la littérature française par ses analyses psychologiques. Le roman s'ouvre sur le tableau de la Cour de France sous le règne d'Henry II et narre le destin de la princesse de Clèves qui rennonce à son amour pour un autre homme. L'extrait qu'on va commenter est la scène de première rencontre entre Mme de Clèves et le duc de Nemours qui a lieu à l'occasion d'un bal donné en l'honneur des fiançailles de Claude de France et du Duc de Lorraine.

 

Problématique:

-Quelles sont les spécificités de cette rencontre?

-En quoi cette scène de rencontre est spécifique au classique?

-Quelle image de la société Mme de La Fayette dévoile-t-elle en cette scène?

-En quoi la rencontre exceptionnelle entre M de Nemours et la princesse apparaìt d'ors et déjà placée sous le signe de la fatalité et le tragique?

-En quoi cette scène de rencontre classique évoque un coup de foudre qui annonce d'emblée la destinée tragique des personnages (+ vision de la société)?

 

I/ Le topos de la rencontre amoureuse: développement classique.

  A) Le cadre de la rencontre: exceptionnel et merveilleux

 -"à la cour", "fiançailles", "au Louvre": cadre de la noblesse.

 -"le soir au bal", "au festin royal": lieu de fète et de danse.

 - Les personnages sont de la noblesse: "roi", "reines", "dauphine", "prince", "la cour". On se trouve donc dans un cadre exceptionnel et distingué.

 - Mise en scène caractéristique du classicisme, tout semble parfait: "beauté", "air brillant", "louanges" = Cadre somptueux.

  B) Les personnages principaux: seuls d'exception.

- Hyperboles et superlatifs sur le plan de la beauté et de la parure: "ce qu'il y avait de mieux fait et de plus agréable à la cour" l.1/2, "Ce prince était fait d'une sorte qu'il était difficil de n'être pas surprise" l.12/13 et lignes 14,15 pour Mme de Clèves. Les personnages sont donc des êtres parfaits=> distance avec la cour

- Mis en valeur par leur cadre: le regard de la cour. Champ lexical du voir: "l'on admira" l.5, "les voir"l. 19

- La cour devient spectateur de la rencontre: elle ne fait qu' "admirer"l.5, "il s'éleva un murmure de louanges" l.18. Les verbes d'action ont uniquement comme sujet M. de Nemours, la dauphine ou Mme de Clèves.

- La cour se limite à observer et laisser faire: " à qui on faisait place". Les deux personnages principaux sont donc isolés du reste de personnages, l'attention est focalisée sur eux.

   C) Une rencontre menée par le regard

- Mise en place d'un parallélisme entre M. de Nemours et Mme de Clèves:  (classicisme)

  ->Les deux se parent avant le bal. Champ lexical de la beauté et de la parure: "se parer", "sa beauté", "sa parure", "l'air brillant". Ils sont reliés dès le début par les soins qu'ils prennent pour aller au bal.

  -> Parallèlisme syntactique: "il était difficil de n'être pas surprise de le voir", pour M. de Nemours, et "il était difficile aussi de voir Mme de Clèves (...) sans avoir un grand étonnement".

Les deux personnages sont rassemblés par leur rang de beauté. (parallélisme syntactique et structural)

- Mme de la Fayette structure cet extrait en deux paragraphes: le premier l.1/15 expose le cadre ainsi que la rencontre physique, qui se mène d'abord par l'ouïe puis par le regard. Le deuxième paragraphe présente leur rencontre par la parole. Les pronoms "il" et "elle" sont regroupés en "ils" dans ce deuxième paragraphe, ce qui est représentatif de leur union.

-Une rencontre particulière:

  ->L'importance des gestes, du corps: "des marques de son admiration", "paraissait un peu embarassée", Mme de la Fayette prône le dialogue corporel comme voie de transmission des sentiments

- L'idée que le corps trahit l'âme: "il ne peut s'empêcher" et Mme de Clèves essaye d'éviter que M. de Nemours sache qu'elle le connaît mais son embarrassement la trahi. (impression de sentiments qui la surmontent).

II/ Une passion fatale

A)Mme de Clèves, un esprit guidé

On sent que Mme de Clèves est poussée:

-C'est le fait que Mme la dauphine lui aie "dépeint (...) tant de fois" et qu'elle aie "ouï parler de ce prince à tout le monde" qui déclenche la passion. Elle n'est donc pas d'origine interne et personnelle mais la conséquence d'un facteur externe.

- Les pronoms désignant Mme de Clèves et M de Nemours subissent l'action dont le sujet est "le roi" ou "la reine". "Le roi lui cria de prendre celui qui arrivait", "Ils les appelèrent  quand ils eurent fini sans  leur donner le loisir de parler à personne", "La reine les interrompit pour faire continuer le bal". Ils sont donc manipulés par le roi, la reine. Le mouvement de rapprochement entre eux deux devient inévitable et dirigé.

- Propositions subordonnées de conséquence (en cascade) = provoque la création par syntaxe d'un rapport de cause à effet entre la rencontre et la passion amoureuse. Effet d'enchaînement, de machine qui se met en marche et qu'on ne peut plus arrêter. L'amour semble inévitable. (citation d'Antigone d'Anouilh:  On donne le petit coup de pouce pour que cela démarre, rien, un regard pendant une seconde à une fille (...) C’est tout. Après, on n’a plus qu’à laisser faire. On est tranquille. Cela roule tout seul. C’est minutieux, bien huilé depuis toujours)

B)Un dialogue qui annonce le futur du couple

- Dialogue passif ente les deux personnages : ils ne s'addressent pas direxctement la parole.

Effet anticlimax, frontière entre les deux amoureux due à la dauphine mais aussi à la cour qui les regarde car "la reine les interrompit pour faire continuer le bal"

-" De tout le soir, il ne put admirer que Mme de Clèves" -> Le verbe à la forme négative évoque l'impossibilité de M de Nemours de se séparer de Mme de Clèves. Il est emporté par sa passion amoureuse, (passion= anciennement a souffrance, mal ,douleur).

III/ Vision de la société de l'époque

A) Société régie par les apparences

- Champ lexical de la vue. "voir","vu", "yeux", "admirer", "vit". La vue est privilégiée. Le verbe voir est employé 8 fois.

-Champ lexical de la beauté et de la parure: C'est donc l'apparence qui révèle les privilèges. Cette société est fondée sur le regard, la beauté, et l'aspect, ce sont les valeurs principales de cette société.

-Les hommes comme les femmes se parent, se maquillent et portent des bijoux.

B) Une société fondée sur le divertissement

-Le bal est l'occasion pour la cour de se divertir, de commenter, de critiquer, de s'entretenir, ...:

  -"Il se fit un assez grand bruit": ragot

  -"Il s'éleva dans la salle un murmure de louanges",

  - "Le roi et les reines (...) trouvèrent quelque chose de singulier de les voir danser ensemble sans se connaìtre"

  -"Le roi lui cria de prendre celui qui arrivait"

CONCLUSION:

 

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Question I entretien

15 Avril 2010 , Rédigé par leblogdetoni.over-blog.com Publié dans #Corpus de textes

Quelle est l'évolution de l'amour et de la vision de l'homme et du monde à travers la rencontre amoureuse?

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Aurélien d'Aragon

11 Avril 2010 , Rédigé par leblogdetoni.over-blog.com Publié dans #Corpus de textes

INTRODUCTION:

Louis Aragon, né en 1897 à Paris et mort en 1984, est un poète et romancier français. Il est, en 1924, l’un des créateurs du mouvement surréaliste avec André Breton. Aragon fût profondément marqué par les deux guerres mondiales qu’il vécut et on perçoit dans ses écrits, comme pour la plupart des écrivains de l'époque, l’influence de cet événement.

Aurélien, publié en 1944, raconte l’histoire d’un jeune bourgeois, Aurélien Leurtillois, qui est amoureux de Bérénice. L'extrait qu'on va commenter correspond à l'incipit du roman lors de la remémoration de la première rencontre entre Bérénice et Aurélien .

PROBLÉMATIQUE: En quoi cet incipit romp avec la tradition et le topos?

I/Le refus de l'incipit traditionnel

A/Un incipit différent

-L'incipit a normalement pour but d'apporter l'information nécessaire au lecteur sur le cadre spatio-temporel où va se dérouler l'action, les personnages qui y vont intervenir et il annonce l'intrigue du roman et le style de l'oeuvre.

- Cet incipit est différent car il ne précise pas le cadre spatio-temporel, où? dans Césarée, mais elle est une ville en ruines. "Quand? on a que des repères sur le temps isolés:"guerre des tranchées, et plus tard démobilisé". On peut qu'imaginer qu'il se trouve après la première guerre mondiale.

-Les personnages ne sont pas décrits à travers un portrait explicite, on a oui une description de Bérénice mais pas d'Aurélien, et la description de Bérénice est menée par Aurélien.

B/ La description de Bérénice, toute particulière

1) Description portée par Aurélien.

- Lexique du regard: "il la trouva", "Elle lui déplut", "qu'il avait vue", "Il l'avait mal regardée"

- On a une description subjective de Bérénice qui n'est pas très sympatique.

2) Péjorative

- Une véritable argumentation sur la laideur de Bérénice: la thèse "il la trouva franchement laide''

-Arguments: "il n'aima pas comment elle était habillée", "Cela lui fait mal augurer de celle-ci qui portait un nom de princesse d'orient sans avoir l'air de se considérer dans l'obligation d'avoir du goût.", "Les cheveux coupés" et ternes, "petite,pâle"

-Utilisation d'exemples: "Qu'elle se fût appelée Jeanne ou Marie"

- Le lecteur a une image de Bérénice pratiquemment trouble: des phrases de doute: "impression vague, générale", "Plutôt petite, pâle", "Aurélien n'aurait pas pû dire si elle était blonde ou brune".

3) Description du caractère d'Aurélien.

-La description d'Aurélien est en réalité implicite et ne présente que son caractère: il est dominé par les apparences: "Il n'aima pas comment elle était habillée", "Il avait des idées sur les étoffes". C'est son nom et non son aspect physique qui l'attire: "Bérénice. Drôle de superstition."

- Il a eu du contact avec d'autres femmes: "Une étoffe qu'il avait vue sur plusieurs femmes"

- Superstitieux: "Cela lui fit mal augurer", "Drôle de superstition".

C/ Un style annoncé, l'incipit à doutes.

- Finalement, cet incipit crée une atmosphère de doutes et de raisonnements non finis qui suggèrent la suite= c'est un incipit matricielle.

-narrateur/Aurélien... qui est qui? On confond par ailleurs le narrateur avec Aurélien: "Il l'avait mal regardée(...) Plutôt petite, pâle, je crois..." 

-Le narrateur laisse de côté la narration est entrepend un monologue "Césarée, c'est du côté d'Antioche, de Beyrouth". Le lecteur doit se sentir tout à fait perplexe, en tout cas ce n'est pas l'habituel.

-Ces grincements créent un décalage significtive qui suscite la relecture du texte.

-De plus, les thèmes qui sont traités s'intercalent sans une cohérence apparente: d'abord il s'agit de la rencontre entre Bérénice et Aurélien puis un vers de Racine "que ça lui remettait dans la tête" suivi d'une tirade qui explique le vers. Finalement, une hypothèse de l'image de Césarée , Aurélien est en plus transporté dans cette ville, in media res.

-Cet incipit, plus qu'éclaircir la situation initiale, invite à l'imagination et la rêverie.

II/ Une anti-rencontre amoureuse

A/ Une non rencontre

-Le regard: premier contact qui est l'origine de l'amour

- Aurélien "l'avait mal regardée": l'amour na donc pas eu lieu, c'est même l'effet contraire qui a eu lieu: le mépris est très palpable.

-Ironie: "les cheveux coupés: ça demande des soins constants"

-"Irritation", "l'irritait": des impressions péjoratives.

B/ L'évolution de l'amour, la beauté du désagréable.

- Des nombreux indices suggèrent l'amour entre Aurélien et Bérénice: "La première fois qu'Aurélien vit Bérénice"= il y a donc une deuxième fois où Aurélien voit Bérénice, "..., il la trouva franchement laide"= le deuxième regard permet supposer qu'il créera des impressions différentes voire contraires, c'est-à-dire l'amour.

-De même, "ses cheveux étaient ternes ce jour-là" le complément circonstanciel de temps ne nie pas le fait que d'autres jours elle aie les cheveux reluisants.

- "Il l'avait mal regardée": confirme finalement le fait que leur première rencontre fût une situation d'exception. 

(-Aussi le simple fait d'avoir dédier tout un paragraphe à leur rencontre, si il ni aurait rien après ceci, ce paragraphe n'aurait aucun intérêt)

C/Un vers avec des caractères de Bérénice

- Il y a une subtile coïncidence entre les impressions qu'a Aurélien vers le vers de Racine et vers Bérénice.

  =>les deux lui suscitent du mépris: "En général, les vers, lui..."= implicite mordant

  =>"Un vers qu'il ne trouvait même pas un beau vers, ou enfin dont la beauté lui semblait douteuse, inexplicable", douteux, inexplicable pour le vers ="Il se demanda même pourquoi" pour Bérénice =deux côtés inexplicables.

  => "Césarée...un beau nom pour une ville"= "un nom de princesse d'Orient","Bérénice. Drôle de superstition". Les deux noms ont une consonnance belle pour le narrateur/Aurélien. Le narrateur le précise: "Un beau nom en tout cas".

- De plus, c'est Antiochus qui prononce ce vers dans la pièce Bérénice de Racine, le rival de Titus pour l'amour de Bérénice. Aurélien peut donc être confondu avec Antiochus.

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L'éducation sentimentale de Gustave Flaubert

11 Avril 2010 , Rédigé par leblogdetoni.over-blog.com Publié dans #Corpus de textes

INTRODUCTION: Gustave Flaubert fût un écrivain français né en 1821 et mort en 1880. Il est un prosateur de premier plan de la deuxième moitié du 19ème siècle et a marqué la littérature française par la profondeur de ses analyses psychologiques et par la force de son style dans de grands romans comme Mme Bovary ( publié en 1857) et L'éducation sentimentale (en 1869).

L'éducation sentimentale est l'histoire d'un jeune homme, Frédéric Moreau, qui tombe éperdument amoureux de Mme Arnoux, femme d'un homme influent de Paris. L'extrait que nous allons commenter correspond à la scène de première rencontre entre Frédéric et Mme Arnoux.

PROBLÉMATIQUE: En quoi Flaubert renouvel-t-il le stéréotype de la rencontre amoureuse?

I/ Mise en scène du regard

A/ Le regard de Frédéric

- La vue est présente dans toute la scène: champ lexical du regard "apparition", " distingua", "éblouissement". Tout est visuelle, tout est silencieux.

-Le regard est doué de mouvement: il parcourt la figure de Mme Arnoux, avec un mouvement descendant passant par sa taille et focalisant finalement ses mains.

-Le regard de Frédéric permet également de sentir son embarras, "il affectait d'observer une chaloupe sur la rivière", "et, quand il se fut mis plus loin, du même còté, il la regarda".

B/ Le portrait de Mme Arnoux

- Le portrait que mène Frédéric est très laudatif et idéalisé: "cette splendeur", "la séduction de sa taille", "cette finesse".

- Et va même jusqu'à la sacralisation: "apparition", "éblouissement", "lumière". Elle est éthérée, intouchable.

-Le portrait révèle des nombreux contrastes de lumière qui en font une image exotique: "des rubans roses qui palpitaient au vent" rose/bleu, "ses bandeaux noirs", "sa peau brune", "un long châle à bandes violettes sur le bordage de cuivre" violet/jaune doré.

C/ Le jeu de l'observateur et du observé

1. L’utilisation des pronoms:

-L’alternance des pronoms de la troisième personne " il ", " elle ", met en valeur les positions réciproques des deux personnages: madame Arnoux centre du regard, Frédéric Moreau, voyeur : " En même temps qu’il passait, elle leva la tête [...] et quand il se fut mis plus loin, du même côté, il la regarda. " 

2. Un jeu de comportement. Alors que Mme Arnoux " gard[e] la même attitude" et reste immobile, telle une statue, effectuant un ouvrage " mécanique ", " elle était en train de broder quelque chose ", Frédéric ne cesse de s’agiter autour d’elle  : " il fit plusieurs tours de droite et de gauche ", " il se planta " attiré par son éclat. Vocabulaire de la fausseté mêlé à ce lui de la stratégie militaire (" pour dissimuler sa manœuvre "), " il affectait d’observer ". Cette attitude qui repose sur le principe du voir sans être vu a pour but de  percer le mystère de l’inconnue. 

II/ L'interiorisation du regard

A/De la vision à l'imaginaire

- Le champ lexical de la vision glisse vers l'imaginaire:  verbes de regard à verbes de pensée.

- La vision ouvre sur le "désir de la possesion physique" qui entraîne "une curiosité douloureuse" = la définition de passion amoureuse contient  aussi une partie de souffrance, la curiosité douloureuse s'associe donc à un amour passioné.

- Passages Discours Indirect Libre montre l'évolution vers l'imaginaire: "Elle avait dû, bien des fois, au milieu de la mer, durant les soirs humides, en envelopper sa taille, s'en couvrir les pieds, dormir dedans!"= Le rythme s'accélère "en envelopper sa taille, s'en couvrir les pieds, dormir dedans"= 8 syllabes/5 syllabes/4 syllabes. La curiosité douloureuse est exposée ici.

B/Identité mystérieuse

- "Ce fut comme une apparition"= ouvre déjà  sur l'aspect mystérieux de cette femme

- "Jamais il ne... ni...": les négations montrent une femme unique.

-La séduction de Mme Arnoux repose sur son aspect mystérieux. Frédéric ne connaît pas son nom, il ne peut donc saisir son identité, son essence (" Quels étaient son nom, sa demeure, sa vie, son passé. "). A partir du moment où un élément est révélé, le sentiment de " possession " se manifeste (cf. " acquisition "). La séduction qu’exerce involontairement Mme Arnoux sur Frédéric est avant tout celle de son imaginaire.  

III/ La rencontre

- La rencontre entre Mme Arnoux et Frédéric reprend le stéréotype du chevalier servant:

=>L'intermédiaire pour que "Leurs yeux se rencontrèrent" est le "châle" qui lui tombe à Mme Arnoux.

=>Le registre utilisé est lyrique, poètique et romantique

-Le dialogue n'est pas complet, Mme Arnoux remercie Frédéric mais la réponse à ce remerciement correspond à un cri de son mari.

-Frédéric n'a pas le plaisir de repondre.

-Le lyrisme heurte contre le prosaïsme de son mari: qui est palpable, réel. 

 

CONCLUSION:

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Manon Lescaut de L'abbé Prévost

10 Avril 2010 , Rédigé par leblogdetoni.over-blog.com Publié dans #Corpus de textes

Introduction: 

L’abbé Prévost est un romancier et ecclésiastique français du 18 ème siècle, adhérant au courant de pensée libertin de l’époque. Manon Lescaut est le septième tome des Mémoires d’un homme de qualité qui est un roman-mémoire écrit par l’abbé Prévost en 1731. Montesquieu : « Je ne suis pas étonné que ce roman, dont le héros est un fripon et l’héroïne une catin  plaise parce que toutes les mauvaises actions du héros ont pour motif l’amour, qui est toujours un motif noble, quoique la conduite soit basse. »

 L’œuvre raconte l’histoire de la vie de Renoncour, qui est le narrateur, et laisse parfois la parole aux personnages qu’il rencontre. C’est le cas de Des Grieux qui raconte comment il rencontra Manon Lescaut et ce qui lui advint après cet événement. L’extrait qu’on va commenter est la première rencontre entre Manon Lescaut et Des Grieux.

Problématique:

I/ Le coup de foudre

A/ Le portrait allusif de Manon:

-Portrait non détaillé par rapport au portrait de la femme qui fait Flaubert: "charmante", "fille", "moins âgée", "plus experimentée".

- Intensif "si charmante", charme = enchantement, ensorcèlement amoureux. Charmante est trois fois dans le texte. Manon ensorcèle Des Grieux.

- La rencontre se fait d'abord par la vue: "Elle me parut si charmante que moi", l'attraction est premièrement physique:

-Puis la vue laisse la place à la parole: "elle reçut mes politesses", "Elle me répondit ingénument", on a une approche  entre les deux caractères. La rencontre est donc complète: l'esprit et le physique sont dévoilés entre les deux personnages, même si quelque personnage nous offre une vision erronée.

B/La rencontre:

-Coup de foudre = locution adverbiale: "tout d'un coup" et emploi du passé simple "je me trouvai enflammé tout d'un coup jusqu'au transport".

-Effet d'isolement de la jeune fille: "mais il en resta une"= connecteur logique d'opposition, Manon unique par opposition aux autres femmes.

-De même pour Tiberge qui disparaît.

-L'amour qui naît brusquement lui donne de la force et du courage, il prend tout à coup des initiatives surprenantes, impensables.

 Le personnage est comme hypnotisé, attiré par Manon (charmé). On note une succession de verbes d'action et de parole: "je m'avançai", "elle reçut mes politesses", "je lui demandai", "je lui parlai". À la vue de Manon, le personnage devient un autre homme. De plus, l'utilisation du passé simple insiste sur la rapidité et l'enchaînement des actions (personnage énergique, audacieux, hardi).

- Les sentiments de Des Grieux sont à la suite exprimés paradoxalement, "L'amour me rendait déjà si éclairé"=métaphore qui est symbole de connaissance. L'amour me devenait savant de l'âge adulte. "que je regardai ce dessein comme un coup mortel pour mes désirs".

 

II/ Le travail du souvenir

A/ Une apologie personnelle

-L'homme au début commente son expérience dans le sens du remord. "Hélas!" il juge son expérience passée.

- Le récit est fait après la mort de Manon de la sorte, ce recul dans le temps permet au narrateur un regard lucide et critique sur cette première rencontre.

-On a les réflexions ultérieures que Des Grieux fait sur elle.
On a 2 visions superposées : 
· Celle de la rencontre 
· Celle du récit de la rencontre 
Au moment où Des Grieux raconte, il ne pense plus de Manon ce qu’il pensait d’elle avant. 

-"Hélas! que ne le marquais-je un jour plus tôt!" exprime le regret et laisse présager une fin malheureuse.

-Des connecteurs logiques présents dans le texte signalent que le narrateur interprète ses réactions et leurs trouvent des explications à posteriori: "depuis un moment", "dans la suite".

-La mise à distance se traduit également par des remarques que l'on peut considérer comme ironiques. Le narrateur souligne son inexpérience de l'époque pour expliquer ce qu'il s'est passé. Ex : il met en relief ses traits de caractères: "Nous n'avions pas d'autre motif que la curiosité". Ainsi il se moque un peu de lui car il a prit conscience de son ridicule: "j'avais  le défaut d'être excessivement timide"

B/ L'annonce d'une passion fatale

-En revanche il présente déjà Manon comme une femme d'expérience malgré son jeune âge et fait même allusion à son "penchant aux plaisirs".

- A posteriori il trouve que cette fille s'est laissée aborder un peu trop facilement et confiée trop rapidement.

-De même l'antithèse entre l'expérience de Manon et l'inexpérience de Des Grieux nous permet de dire que l'adverbe à la ligne 16: "ingénument" est employé avec ironie.

 -Du coup, on peut déterminer le caractère de Manon:

 =>Personnage double:

· La victime 

-Elle veut se faire passer pour une innocente fragile, ayant des parents impitoyables: "elle y était envoyée par ses parents pour être religieuse". Elle veut lui faire de la pitié car ce sont ces parents qui l’envoient au couvent. 

· La réalité du caractère de Manon:

-Elle nous montre que malgré son jeune âge, elle a de l’expérience amoureuse se manifestant à travers l’aisance qu’elle fait à travers ce passage: "sans paraître embarrassée". Elle sait le parti qu’elle va tirer de lui. 

-Elle obtient quelqu’un qui peut lui éviter le couvent! En effet, elle arrive à causer "tous ses malheurs et les miens" (ceux de Des Grieux). On peut imaginer ce qui suivra après cette rencontre.

CONCLUSION:

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Un balcon en forêt de Julien Gracq

7 Avril 2010 , Rédigé par leblogdetoni.over-blog.com Publié dans #Corpus de textes

Introduction: 

En 1958, Julien Gracq publie Un balcon en forêt. Le roman se présente comme un récit de guerre narrant les premiers mois de ce que l’on appellera la "drôle de guerre" pour l’attente et le suspens qui caractérisent la situation des soldats en 1939. Grange a pour mission d’arrêter les blindés allemands si une attaque se produit. Alors qu’il erre sous la pluie dans la forêt des Ardennes, il fait la rencontre étrange d’une jeune femme, Mona, qui deviendra sa maîtresse.

L’extrait qui nous intéresse se présente comme la réactivation du topos littéraire de la rencontre amoureuse. On se demandera en quoi cette rencontre est à la fois insolite et mystérieuse. Pour cela, on étudiera d’abord l’étrangeté de cette rencontre (à travers son cadre et sa progression), avant de se pencher sur le portrait d’une jeune-femme merveilleuse.

Problématiques:

I/Une rencontre étrange

 1/Le cadre de la forêt

a) Champ lexical de la forêt et de la pluie: importance accordée au paysage, qui suscite un mystère.

b) Nombreux sens sollicités (vue "il levait les yeux", ouïe: "sous le crépitement maintenant serré de l'averse": allitération en "r" qui semble mimer le bruit de la pluie.)

c) Images poétiques liées à la nature:

  =>métaphore du "rideau de pluie": la pluie est comparée a une étoffe transparente ;

  => "la laie s’enfonçait dans la pire solitude" l. 17 : le chemin est personnifié et Gracq attribue a la forêt le sentiment de solitude.

  => "l’averse autour d’eux faisait frire la forêt a perte de vue" (l. 17) : métaphore culinaire qui insiste sur le bruit de la pluie, lui-même rendu sensible par les allitérations en "f" et  en "r" dans la phrase.

  2/La progression du regard

a)Narrateur externe, focalisation interne: nombreux verbes de perception. On suit le regard de Grange qui lui-même suit cette jeune fille: "il levait les yeux" (l. 1), "il aperçu" (l. 1), "il se mit a observer" (l. 8), etc.

b)Importance accordée aux verbes de spéculation, d'imagination:  "on pensait d’abord" (l. 6), "elle semblait ne se soucier mie" (l. 10), "Grange crut discerner" (l. 16), "paraissait a Grange" (l. 27): l'observation suscite l'imagination, la rêverie.

c)La poursuite, qui se traduit dans le texte par un jeu d'alternance entre les pronoms "il" et "elle" aboutit à une fusion des personnages dans le pronom "ils" l.26: "ils allèrent ainsi un moment".

  3/De la curiosité au désir

a) Au départ, une simple curiosité: "il y avait dans sa démarche quelque chose qui l'intriguait" (l.9), curiosité rendue sensible par la minutie de la description par exemple l.11: "Tantôt elle sautait une flaque à pieds joints, tantôt elle s'arrêtait au bord du chemin pour casser une branche- une seconde elle se retournait à demi..."(l.11). Le vocabulaire de la curiosité cède ensuite la place à un lexique plus fort: "ce manège gracieux, captivant" (l.21), avant d'être tout à fait un langage amoureux et sensuel: "tout entier remué et curiosité violente" (l.29)

b) La syntaxe de la dernière phrase, avec sa proposition participiale, rend sensible la puissance et la soudaineté du désir. L'homme est dépassé par son désir.

c)Progression en forme d'inversion des rôles au fil du texte: chasseur/"bête aux abois", puis l. 28-29: "il n'était plus qu'un homme qui marche derrière une femme": la tournure restrictive "ne...que..." rend sensible sa faiblesse, et en regard, sa domination.

TRANSITION: On a pu voir que de nombreux éléments contribuent au mystère de cette rencontre et lui confèrent une dimension onirique: son cadre (la forêt, la pluie) mais aussi l'utilisation de la focalisation interne qui permet le passage de la "vision" au "rêve",  et même au "désir". Ainsi l'errance de Grange sous la pluie qui métamorphose le paysage rend possible le portrait d'une jeune-femme elle-même merveilleuse.

 

II/Le portrait d'une jeune-femme merveilleuse

 1/ Une femme mystérieuse et merveilleuse

a)Mystère du début: indéfinition à cause de la pluie ("à demi-fondue dans le rideau de pluie" (l.2), de sa capuche ("enfouie dans une longue pèlerine à capuchon", l.4), et de l'étrangeté de sa silhouette ("le dos un peu cassé comme si elle avait calé contre ses reins sous la pèlerine un sac de cuir"l.6) 

b)Laisse place à une rêverie sur fond de conte de fée: la petite fille enfouie dans sa pélerine et s'amusant dans les bois évoque le petit chaperon rouge, d'autant plus qu'elle n'est pas à proximité d'une maison. Grange l'appellera lui-même "fadette" et "sorcière de la forêt" (l.19), autres éléments renvoyant au conte merveilleux.

c) Mais la métamorphose de la petite silhouette n'est pas terminée. Elle prend des allures animales: "les mouvements du cou(...) étaient ceux d'un poulain échappé". Elle est dans le même sens comparée à une "jeune bête aux abois".

  2/ La métamorphose de la petite fille à la femme

a)Étude des substituts nominaux désignant la jeune fille: de "petite fille", elle devient "écolière", puis "gamine", la "silhouette" est également qualifiée de "petite". Ses attitudes sont celles d'une enfant joueuse: "tantôt elle sautait une flaque à pieds joints, tantòt elle s'arrêtait au bord du chemin pour casser une branche". Le narrateur qualifiera d'ailleurs cette course de "manège gracieux".

b) Mais peu à peu, on assiste à la métamorphose, sous le regard de Grange, de cette petite fille en femme. La transformation commence dans un jeu de séduction l.12: "une seconde, elle se retournait à demi et semblait jeter sous le capuchon de sa pèlerine un coup d'oeil en arrière...". Encore qualifiée de petite-fille, son attitude semble en réalité plus mutine qu'innocente. Elle ouvre ainsi la voie à la rencontre: "Maintenant qu'il s'était un peu rapproché, ce n'était plus tout à fait une petite fille: quand elle se mettait à courir, les hanches étaient presque d'une femme". Simultanément à l'évolution du regard de Grange de la curiosité au désir, la petite fille devient femme et même séductrice: "il y passait par moments un fléchissement câlin qui lui parlait brusquement de toute autre chose, comme si la tête se souvenait toute seule de s'être déjà blottie contre l'épaule d'un homme" (l.24-25).

  3/ La femme comme voie d'accès au monde des rêves

a)La jeune fille intéresse le narrateur dans la mesure où elle est mysérieuse et libère l'imaginaire. Même lorsqu'elle est séductrice et sensuelle (l. 24-25), ses mouvements "parlent" à Grange, c'est-à-dire qu'ils ouvrent à la rêverie.

b) A plusieurs reprises, Grange l'associe à la pluie elle-même: " à demi fondue dans le rideau de pluie" et plus loin "c'est une fille de la pluie". Mona semble associée à la vie-même de la forêt.

c) Le narrateur attribue donc un très grand pouvoir à la jeune-fille, au point qu'elle métamorphose le paysage à la fin du texte lorsque le désir est très clair: "Malgré le bruit de l'averse qui battait la route, la trouée plus claire du chemin paraissait à Grange celle même de l'embellie". La jeune-fille a ici le pouvoir de modifier la perception du temps et de la lumière par Grange. On note par ailleurs les sonorité douces de cette phrase, comme une accalmie (gràce à l'allitération en "l" et la répétition du "m")

 Conclusion partielle: On assiste donc, sous les yeux et dans l'imagination de Grange, à la métamorphose de la jeune fille en créature merveilleuse puis en animal sauvage, de la petite fille en femme désirable. La femme est donc pour le narrateur un objet de fantasme ayant le pouvoir d’ouvrir l’imaginaire et d'accéder au monde des rêves

Conclusion: On a pu voir comment le topos de la rencontre amoureuse se donne chez Julien Gracq dans une sorte d’Éden mystérieux, dans lequel le personnage entame une course-poursuite ludique avec une jeune-fille. Sous le regard de Grange, la petite-fille se métamorphose en femme-fée et devient une voie d’accès privilégiée à un monde onirique, à la faveur de cette forêt mystérieuse. C’est ici la spécificité de cet auteur aux accents surréalistes, qui dans Au château d’Argol s’adonnera à d'autres descriptions de la forêt profonde et féérique d’Argol, comme lieu propice à l’amour.

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