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Le blog de Toni

Articles avec #les fleurs du mal tag

Une Charogne, Les Fleurs du Mal de Baudelaire

30 Mai 2010 , Rédigé par Toni Publié dans #Les Fleurs du Mal

Introduction

Problématique:

I/ Une déclaration d'amour?

A)La présentation du couple 

- Les pronoms "vous, "nous", nous présentent un couple dont le narrateur est l'homme: "Rappelez-vous l'objet que nous vîmes, mon âme". Il s'agit d'un dialogue à la femme par utilisation d'apostrophes: "mon âme", "étoile de mes yeux", "Vous, mon ange et ma passion"

- Le narrateur se distingue par "je" à la fin mais utilise le "nous" qui crée une certaine complicité entre les deux personnages.

-Le lexique de la femme est très valorisant ce qui nous confirme leur relation. Utilisation de 2 métaphores des astres, groupes nominaux qui occupent le vers tout entier "Vous, mon ange et ma passion", et parallélismes de construction:

-On a 2 fois l'emploi du vocatif "ô": "ô reine des grâces", "ô ma beauté"= lyrisme de l'invocation de la femme aimée.

- Utilisation de 2 adjectifs possessifs qui insiste sur la relation homme femme: "moi", "ma"

 B)Une promenade amoureuse

- Évocation à la nature, sentier au vers 3

- On a une atmosphère bucolique: poèmes du XVI ème siècle avec glorifications de la nature: "nature", "ciel", "fleur", "l'eau courante et le vent", "rocher", "l'herbe". Nature très propice à l'amour: premiers vers, intensif "si" de "si doux".

-Ainsi le poème semble s'inscrire dans la tradition des poèmes amoureux . Pourtant cela n'est qu'en apparence puisque les personnages vont découvrir un tableau horrible, ce qui va créer un décalage saisissant avec la première vision.

-Il y a un remplacement de l'objet poétique du beau vers le laid.

II/ Une description macabre

A) Une évocation réaliste et précise de la charogne.

- Effet de surprise = caractère inattendu de la découverte: "Au détour du sentier".

-Évocation de la charogne très réaliste: champ lexical de la charogne: "pourriture", "ordure", "squelette", "infection"

-Aucun détail sordide n’est épargné. 

-Réalisme de l'évocation par l'instance sur:

=>Le processus de la décomposition: "bataillons/ De larves": horreur soulignée par le rejet, et l'enjambement matérialise bien l'action de "couler comme un épais liquide"

=>Les odeurs: "suant les poisons", "plein d'exhalaisons", "ventre putride" (à la rime, "la puanteur était si forte")

=> La description permet ensuite de visualiser la charogne : strophe 5 « Les mouches bourdonnaient » au vers 17/ « des larves » au vers 19.

-Horreur de la vision accentuée par l'évocation des sentiments éprouvés (par la femme vraisemblablement). CF. emploi de termes à connotation négative: "charogne infâme" (à la rime), "cette horrible infection" 38: ici, mise en valeur par antéposition adj. et diérèse + "vous crûtes vous évanouir", mais ici, ton un peu précieux en décalage avec la réalité macabre et atroce.

 

B) Le souffle épique

- La description dépasse le simple réalisme et devient une vision épique:

=> Image guerrière des "bataillons"

=>Emploi du pluriel dans la strophe 5 et de termes collectifs: "tout cela", "ce monde".

=> Animation des éléments de la charogne: emploi de verbes de mouvement "les mouches bourdonnaient", "sortaient", "coulaient". Puis la charogne elle-même semble s'animer. V.20 "de ces vivants haillons" (insistance par l'antéposition" et vers 23-24: mise en valeur du verbe "vivre" par l'enjambement.

=> Utilisation répétée des comparaisons qui tendent à transformer la réalité: "comme un épais liquide", "comme une vague", "comme l'eau courant et le vent"

-Donc la description dépasse la simple observation de la réalité. Le poète l'amplifie jusqu'à ce que la charogne devienne une hallucination. Négation restrictive: "les formes n'étaient plus qu'un rêve"

-Ainsi, Baudelaire, rompt avec la tradition poétique en mettant au coeur de son poème, non pas la femme aimée, mais une horrible charogne, symbole de la laideur et l'ignominie. Touefois, il ne s'agit pas seulement pour le poète de narrer une anecdote, il cherche à en tirer une morale.

III/ Les leçons du poète

A) Une réflexion sur le temps qui passe et sur la mort 

-La mort est un thème récurrent du poème, aussi bien par le titre et la longue description de la charogne que par la fin du poème qui crée une mise en relief du thème: derniers sacrements, ossements, vermine, décomposés = rimes des 2 dernières strophes.

-Leçons du poète?

=> La mort nous attend à tous: voir l'emploi des futurs de certitude ("vous serez", vous mangera")

=> La mort entretient la vie + symbiose avec la nature (thème baroque de la métamorphose): comparaisons avec la "fleur" (césure v.14), symbole de vie et référence à des éléments marquant le mouvement: eau, vent + vbs monter, descendre. Éléments vitaux réunis: l'eau, l'air, le feu (avec le soleil) et la terre (avec le semeur).

-Thématiques classiques de poésie baroque: MEMENTO MORI (souviens-toi que tu vas mourir) et de la poésie pétrarquiste CARPE DIEM (cueille le jour). a travers le discours à la femme aimée du vers 37 à 48 Baudelaire rappelle que la mort détruit la beauté: il propose une réfléxion sur la condition humaine.

-Mais décalage par rapport à la poésie traditionnelle:

=> alternance entre alexandrins (utilisés dans la poésie classique pour traiter des sujets graves, sérieux) et octosyllabes (aspect plus léger) donne un légèreté de ton.

=>Comparaisons surprenantes et violentes entre la femme et la charogne. Ecriture provocatrice, dimension érotique et horrible. Comparaisons "Les jambes en l'air, comme une femme lubrique" et "sur un lit", "jambes ouvertes".

=> Métaphore manger des baisers qui se rapporte à la vermine!

=> oxymore "la carcasse superbe" v.13 et association charogne à une fleur: laideur et beauté mêlées

=> antithèse dans le style des vers 37-40: style prosaïque s'oppose au lyrisme plus classique sublime la beauté de la femme, ici, le poète, cruel, lui annonce sa déchéance future.!

 B)La puissance de l'art

-Le poète est un être à part:

=>pronom "je" qui l'isole du reste de l'humanité

=> la femme est associée à des verbes au futur, lui à des verbes au passé composé ("j'ai gardé") ou au présent ("achève"). Donc, signe d'une permanence. Il n'est pas soumis aux lois du temps, à la mort. Il oppose donc de manière cynique la condition mortelle de la femme à la sienne-

-DONC: il est un être supérieur: grâce à lui, les acteurs de cette histoire, même morts, subsisteront dans ses oeuvres. Champ lexical de l'art: "ébauche", "toile". Il est bien comparable à Dieu. "essence divine" à la rime (et qui s'oppose de manière provocatrice à "vermine" (associée à la femme). Apologie de la création poétique.

-Autre force de la poésie: créer de la beauté à partir de la laideur.Strophe 8.

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Parfum exotique, Les Fleurs Du Mal de Baudelaire

30 Mai 2010 , Rédigé par Toni Publié dans #Les Fleurs du Mal

Introduction:

Problématique.

-Comment l'image de la femme, disparaissant au profit de son seul parfum, devient le prétexte à une rêverie sensuelle accomplie dans la poésie.

I/Les étapes de la rêverie

 A) les conditions de la rêverie

-La structure syntaxique de la première strophe met en avant l'importance accordée au cadre de la rêverie: "quand...": effet d'attente. La principale "je vois...", n'apparaît qu'au v.3, après une longue proposition conjonctive introduite par "quand" et entrecoupée d'incises au v.1. Tout ce cadre détermine la puissance de la rêverie à venir.

-Le lexique de la clôture et de l'intimité est l'expression d'un climat protecteur, sûr, propice au déploiement de la rêverie nostalgique: "les deux yeux fermés", "soir chaud d'automne".

 B)Sens et sensualité

-Chez Baudelaire c'est l'odeur qui est le sens suprême: "Quand (...) je respire l'odeur de ton sein chaleureux...". (Le titre du poème Parfum exotique", "chevelure" qui décrt une rêverie à partir de l'odeur des cheveux de la femme aimée et le poème "Le Parfum":

- Le lien étroit qui unit l'odorat et la vue est souligné par la conjonction "quand" qui traduit la simultanéité par le parallélisme en début de vers. "je respire" / "je vois". La magie suggestive du parfum provoque le déploiement de la vision.

 C)Le poème comme voyage

- "je vois se dérouler des rivages heureux": le poème va se donner comme le développement d'un voyage. L'évocation des "rivages heureux" succède à celle du "sein chaleureux". Un paysage exotique vient se substituer à la figure féminine. On perçoit alors nettement le rôle joué par la femme: libératrice de l'esprit et de la vision, elle n'est au fond qu'un prétexte au rêve. Elle s'efface en effet des visions suivantes et ne réapparaîtra qu'une fois à travers son parfum: "Guidé par ton odeur..." v.9

-Le rythme de l'ensemble du poème se donne par ailleurs comme le bercement de la mer perçu dans un bateau.

Transition: la femme s'effaçant, le poème perd alors son caractère anecdotique pour prendre un aspect visionnaire; il se transforme en un tableau exotique.

II/ Un tableau paradisiaque

 A)Le soleil et la mer

-La lumière qui règne est magnifique (v.4). le verbe "éblouissent", mis en relief au début du vers, insite sur l'intensité de la lumière.

-Le pluriel "les feux" évoque une lumière multipliée par ses reflets sur l'eau.

-Le soleil et la mer inaugurent donc la vision d'un univers paradisiaque: le soleil est symbole de vie et la mer de liberté et d'infini. (Vers anachroniques de Rimbaud dans Une saison en enfer, 1873: "Elle est retrouvée! / Quoi? l'éternité/ C'est la mer mêlée / Au soleil.)

-La clarté est rendue sensible par les voiles (blanches) et par l'assonance en [a], l'on imagine aisément les bâteaux sur la mer, parmi l'éclat du soleil.
    

  B)Un paradis païen

-Cette île représente à plusieurs titres le paradis originel: nettement délimités, préservée de la civilisation, c'est le lieu utopique par excellence, le symbole de l'âge d'or.

-"des arbres singuliers et des fruits savoureux": les deux adjectifs mettent en valeur les deux composantes du paradis baudelairien: l'exotisme ("singuliers") et la sensualité ("savoureux"). Cette vision harmonieuse de l'univers est rendue sensible par l'équilibre et le parallélisme du vers 6: "Des arbres singuliers et des fruits savoureux": on observe la construction syntaxique des deus hémistiches (article+substantif+adjectif) et l'allitération en [s].

-(((Mais l'allusion à la saveur des fruits reflète une conception païenne de paradis car dans l'Éden biblique le fruit est amer. Ici, le fruit n'est pas défendu comme dans la tradition chrétienne et la chute originelle n'a pas lieu. Ainsi, à la description de la végétation succède celle de la population dont la probable nudité ("dont le corps est mince et vigoureux"), v.7 loin d'ètre frappée d'opprobre, témoigne de l'innocence et de la beauté de l'homme naturel.)))

- A la beauté physique des hommes, répondent les vertus morales des femmes: "et des femmes dont l'oeil par sa fanchise étonne", v.8.

 C)Paresse et fécondité

- L'île parvient a concilier les notions contradictoires comme l'oisiveté et la fécondité. Dans le vers, "une île paresseuse où la naure donne", les verbes se répondent à la césure et à la rime. 

-Baudelaire met en place une morale de l'oisiveté, qui rappelle "l'indolent compagnon" qu'est l'Albatros, et qui est prônée dans "La chevelure": "ô féconde paresse,/ Infinis bercements du loisir embaumé!" (V.24/25). Des pléonasmes soulignent l'évident: "vague marine", "verts tamariniers", il y a un effort de simplicité, d'harmonie caractéristique de la paresse. 

-1ère strophe: "Je respire l'odeur", 4ème strophe: "m'enfle la narine"= le poète devient oisif ce n'est plus lui qui respire mais le parfum qui lui parvient. De plus, il est emporté: "guidé par ton odeur".

-La fécondité se donne également à travers la profusion de "voiles et de mâts"v.11.

III/ L'Idéal atteint dans la fécondité

A) Repli versus Infini

- Évoqué en I , le thème de la clôture comme propice au déploiement de la rèverie peut être à présent relu comme chargé de symboles eux-mêmes propres à incarner la rêverie:

- le motif du "sein chaleureux" présente une forte connotation érotique mais révèle aussi l'importance de l'image maternelle. L'intimité amoureuse aboutit à une régression car le bonheur, pour Baudelaire, est lié à l'enfance. Il dira à ce propos. "Le génie, c'est l'enfance retrouvée à volonté".

- le "port", qui est aussi une figure de la clòture (puisque les bâteaus viennent s'y reposer, v.11) est aussi une image de la vie bercée et protégée. Ainsi Baudelaire établit un lien profond entre les homonymes "mer" et "mère".

Mais le port est une figure ambivalente puisqu'il concilie des désirs contradictoires: il est en effet également le lieu de l'expansion vers l'infini.

B)Une illustration de la théorie des correspondances

-Les sens se confondent de sorte que l'on peut y voir une illustration de la théorie des correspondances exposée dans le poème "correspondances".

-L'ensemble du poème voit se mêler et se répondre les cinq sens: a l'odorat v.2, répondait la vue dans les vers 2-3. Le goût intervient v.6 à travers l'évocation des "fruits savoureux", et alors que la vue file l'ensemble du poème-tableau, le touché est "rêvé" dans la mention des corps "vigoureux", de la "fatigue" de la vague marine (v.11) et de la circultaion de l'air, v.12, qui donne lieu à un retour à l'olfactif avec le "parfum". 

Le point de départ de la rêverie était donc olfactif, celle-ci devient de plus en plus sensible jusqu'à embrasser les choses dans leur matière ("le corps", les fruits "savoureux") avant d'échapper à nouveau au toucher et de redevenir volatile puisque le poème se clôt sur une évocation mêlée du parfum et de la musique: "le parfum... se mêle dans mon âme au chant des mariniers".

-On note en outre que le parfum qualifié de "vert", ce qui n'est pas sans évoqué, les "parfums frais" de "Correspondances".

C) L'unité sensible au coeur du poème

-Notamment à la fin du poème, cette unité du monde sensible est reproduite sur le plan sonore, grâce:

=>Au jeu d'échos grâce à la rime de mots presque homophones ("tamariniers", "mariniers", "marine", "narine")

=> À l'assonance en "A" dans les deux dernières strophes: "Je vois un port rempli de voiles et de mâts", "charmants climats", "fatigués", "vague marine", "parfum", "tamariniers", "la narine", "âme", "mariniers".

=>Aux allitérations de consonnes douces et continues: fricatives f/v ("vois", "voiles", "fatigués", parfum", "verts"...); liquides l/r et nasales m/n (" charmants climats", "mâts", "marine", "tamariniers", "mariniers").

-Par ailleurs, la forme même du sonnet, cet "infini diminutif" tel que le nommait Baudelaire lui-même dans Mon coeur mis a nu, est propre à rendre compte de l'infini. Sonnet régulier, ce poème exprime comme dans un beau cadre, une circulation des sons et des sens qui ouvre vers l'infini.

C'est ainsi que cet unité sensible entre "les parfums, les couleurs et les sons (qui) se répondent" comme dans le poème "Correspondances" est rendue sensible par l'intermédiaire du poète qui "condense" les sensations dans le cadre du sonnet. Le mot "âme", v.14, qui opère un  glissement du plan sensible au plan spirituel, exprime bien que c'est à travers le poète que tout fusionne. L'extase sensuelle trouve son aboutissement dans l'écriture.

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L'albatros de Baudelaire dans Les Fleurs du Mal

8 Avril 2010 , Rédigé par leblogdetoni.over-blog.com Publié dans #Les Fleurs du Mal

Introduction:   Cette œuvre s'inscrit parfaitement dans le Romantisme étant donné que Baudelaire réussit à transmettre son désespoir au lecteur. L'albatros représente la propre condition du poète déchiré entre son aspiration à l'élévation, l'idéal, et sa condition humaine réelle, le spleen.

• Baudelaire faisait partie de la génération des poètes maudits, c'est-à-dire incompris par les gens de son époque.

Problématique: Comment Baudelaire propose l'allégorie du poète en exil à travers la rencontre douloureuse de l'univers supérieur du poète avec la réalité du monde?

I/ Spleen et Idéal

A/Deux espaces principaux confrontés : le ciel (espace de l'albatros) et le pont du bateau (espace des Hommes) :
• Opposition (antithèse) par leur dimension : infini, ouvert/limité, fermé), 
• Par leur situation : au dessus, vertical / bas, horizontal
• Par leur connotation : liberté, évasion/plat, terre à terre, absence d'élévation
==> La liberté de l'albatros se heurte à l'environnement clos du navire

B/L'albatros est personnifié :
La description de l'albatros est marquée par différence entre le Ciel et la Terre
Les termes valorisants se rapporte à l'albatros dans son univers et les adjectifs dévalorisant se réfère à l'albatros dans celui des Hommes.

Albatros mis en valeur dans son univers :
• Sa pureté ('ailes blanches, azur')
• Son amplitude ('grandes ailes, géant, vaste') permet d'imaginer d'immenses ailes recouvrant et protégeant les océans (hypallage 'vaste oiseaux des mers' = oiseaux des vastes mers)
• 'Ailes' connoté à légèreté, sérénité ('indolents'), sublime, grâce, car se laisse porter par le vent
• Sa puissance, domination, supériorité dans son propre univers ('rois, prince'), l'albatros majestueux règne au dessus des Hommes ('grandes ailes blanches' peut même évoquer hermine impériale)
• 'Indolents compagnons' marque sa confiance et sa nonchalance 
• Son caractère pacifique : aucune présence d'hostilité, il fait même preuve d'humanité : ce qui donne une impression d'égalité avec les Hommes ('compagnon de voyage') mais l'albatros se révélera même plus humain que les matelots.


Mais cette image valorisante s'inverse :
• Oxymore 'infirme qui volait' marque transition
• Poème donne deux visions radicalement opposées : 
autant l'albatros en vol est majestueux, il a une allure souveraine
autant lorsqu'il se pose, il paraît ridicule


Les thermes dévalorisant de l'Albatros sur le sol :
'déposés' évoque roi déchu, voyageur ailé tombé du ciel
• Du vol royal, on passe au boitement de l'infirme
• Perte du coté merveilleux et somptueux d'où l'adverbe 'piteusement' : les 'grandes ailes blanches' qui symbolisaient sa légèreté deviennent mécaniques, peu nobles, d'où la comparaison avec des avirons (rames)
• 'Voyageur ailé' obtient des adjectif dévalorisant comme 'gauche et veule' : antithèse entre aisance/maladroit
• Libre / prisonnier, jouet
• Beauté / Laideur

==> Jadis roi admiré dans le ciel, il fait désormais objet de railleries et ne suscite plus que dérision ('comique, gauche, infirme')

II/Un récit allégorique :

A/ Deux lectures

-Les trois 1ère strophes donnent le récit de l'albatros tandis que la dernière est dédiée au poète : après la présentation, Baudelaire donne la clé du poème avec une réflexion sur le poète : volonté de créer une surprise-

-Strophe 1: plan d'ensemble dans lequel les albatros suivent le navire.

-Strophe 2: plan rapproché, sur les planches.

-Strophe 3: plan encore plus rapproché cette fois sur l'albatros.

=Progression narrative.

Rythme narratif vivant: alexandrins (poèsie narrative), virgules. Il y a donc une narration à la première lecture.

Association poète / prince des nuées donc rapprochement entre l'albatros et le poète.
==> Cette association oblige une réinterprétation : le 'voyageur ailé' devient poète, les 'H d'équipage' représente la Société, le bateau = la terre, les planches = le théâtre social, le voyage = la vie parcourue. Baudelaire invite à une relecture du poème.

B/ Les symboles du spleen

 Le symbolisme du bateau glissant :                                                                                                              

 • Le 'navire glissant' crée une atmosphère calme mais qui peut être bouleversé à tout moment par le caractère imprévisible des 'gouffres amers' (métaphore mer)

• La répétition des consonnes 'v, s et f' traduit un doux sifflement renforçant l'idée de calme et d'harmonie
==> Les Hommes et le poète devraient être solidaires car embarqués dans le même voyage de la vie, sur le bateau symbole de la Terre, toujours menacé par un naufrage : leur condition humaine devrait les réunirent.
 

Le symbolisme de l'équipage :

• L'équipage est toujours envisagé comme un ensemble anonyme, indifférencié ('L'un, l'autre, ils') : c'est une masse généralisée qui représente la société
• L'équipage / La société travaille pour avancer, souci occupation, de labeur où le poète n'as pas vraiment de place
• L'équipage a trop les pieds sur terre, il est matérialiste, ne voit pas plus loin (il n'a pas la moindre idée du monde de l'albatros/poète)
• C'est un monde sans hauteur, sans élévation, sans spiritualité, sans recherche de questions sur monde...

 

C/La symbolique de l'oiseau:

-Du récit au symbole: v.13 comparaison explicite entre l'oiseau et le poète grâce au mot "semblable à".

Dans son monde de l'esprit :

• L'oiseau donne un aspect sublime, une majesté, une fluidité et donc une prestance d'esprit 
• L'albatros vit dans l'espace aérien, ce qui signifie que le poète vit dans un monde imaginaire, libre, d'évasion, hors de portée, spirituel (celui de la pensée donc infini) et supérieur au bas monde social qui reste horizontal 
• C'est le poète qui s'amuse des flèches et des moqueries envoyés par ceux qui rasent terre. Un certain mépris leur est renvoyé.

Par rapport aux autres :
• Baudelaire donne une image du poète vivant dans un monde à part. Il se laisse porter au dessus et descendu sur terre devient maladroit, ridicule car dépaysé, loin de l'air, de la lumière, du pays qui lui ressemble : c'est pour ça qu'il ne sait pas marcher au rythme des mesquineries, qu'il a honte (adverbe 'piteusement')
• 'exile sur le sol' comme l'albatros, le poète est inadapté au monde des Hommes, il ne trouve pas sa place ; mais il est destiné à celui du Ciel
• Il est la victime de la cruauté des Hommes ordinaires : l'albatros et en même temps le poète est agressé par les moqueries (hostilité avec 'huées')
• Le poète est incompris de la société et ses ailes, c'est-à-dire son génie, le gêne. Le dernier vers est admirable car il est synthétique du drame du poète : sa grandeur fait sa misère.
• L'albatros et le poète ont la même souveraineté, la même solitude, la même déchéance lorsqu'ils redescendent au niveau de la société.

Qu'est-ce qui fait la chute du poète oiseau ?
Peut-être par nécessité, ou par manque de recettes : sait-il se débrouiller seul, dans une société où faut marcher au pas du travail, où rêve équivaut à une perte de temps ? Sa chute a peut-être pour origine un décalage entre ce que la société exige et ce qu'il rêve de lui donner : c'est un marginal.


 

Conclusion:

• Par biais de métaphores, de comparaisons et d'antithèses, Baudelaire réussit à transmettre une idée au lecteur.
• Le poème s'inscrit parfaitement dans le 'mal de vivre' du poète, d'où sa grande popularité en littérature. 
• Baudelaire débute d'abord par un récit de voyage, puis glisse vers la ridiculisation de l'albatros pour finalement l'identifier au poète. Leurs points communs : la solitude, l'exclusion, le mépris et l'objet de railleries sont leurs lots quotidiens.

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Les Fleurs du Mal de Baudelaire : "Au lecteur"

7 Avril 2010 , Rédigé par leblogdetoni.over-blog.com Publié dans #Les Fleurs du Mal

Introduction

Charles Baudelaire, 1821-1867, a une influence romantique, parnassienne et il préfigure le symbolisme.

Au lecteur est le premier poème du recueil, placé hors numérotation, il a toujours été placé en tête dans toutes les éditions. Il est composé de 10 quatrains. Les deux premiers montrent la faiblesse de l’homme en proie aux péchés, sa faiblesse physique et morale. Les 5 suivants montrent l’influence de Satan, la beauté du mal, bref l’esthétique sataniste. Les 3 derniers montrent la place importante qu’occupe le spleen, cette mélancolie.

ProblématiqueQuel est le rôle de ce poème dans l’architecture du recueil ?

I) Une vision pessimiste de l'homme, l'éclairage du titre, LFM

A. La faiblesse de l'homme

-Illustration du titre: la thématique du recueil est donnée= parler du Mal.

-La poèsie permet de chanter le spleen, il naît du mal du poète.

- Champ lexical du vice et des péchés: "lésine", "péchés", "lâches", "débauché", "volons", "plaisir", "clandestin", "démon", "Satan", "viol", "poison", poignard", "incendie", "vices", "Ennui".

-Baudelaire nous montre ici une réalité cachée de l'homme, la face de l'homme corrompu.

-Cette vision de l'homme prône:

=> L'homme comme individu dominé par la lassitude: champ lexical de la paresse "lâches", "oreiller", "berce", "débauché". L'homme est emporté: "C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent", "Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas".

=>L'homme sans volonté: l'homme vit dans l'illusion "notre esprit enchanté", "Croyant par de vils pleurs", "occupent nos esprits", et manque de volonté: "Nos péchés sont têtus" = l'homme est incapable d'anéantir le fait de commettre des péchés, la faute de cette obstination est dirigée aux péchés eux-mêmes, Baudelaire exprime ainsi l'incapacité de l'homme à se culpabiliser ("c'est pas ma faute!"). "Et le riche métal de notre volonté est tout vaporisé par ce savant chimiste"= l'homme est deshumanisé, il n'est plus maître de son corps. La volonté est caractérisée par un lexique laudatif "riche métal" tel une pierre précieuse qui contraste l'importance de sa disparition. (NOTE: le fait que ce soit un " savant chimiste" qui "vaporise" la volonté peut faire penser à l'effet de la consommation de drogues dont Baudelaire soulignera qu'elle est "de toutes les facultés la plus précieuse")

B. L'esthétique sataniste de Baudelaire

-Présence du diable: "Satan", "Démons"

- Il annonce une esthétique satanique

-Satan est la figure de référence

-Dès le 1er vers, il y a le péché, la religion est particulièrement visée par Baudelaire, champs lexical de la religion. Notre volonté, l’erreur, la sottise est transformée par le mal, alchimiste (hermès). Le Styx, est le fleuve qui amène aux enfers. On relève le champ lexical du mal, « Satan », « démon », « diable », le mal est donc très présent. Baudelaire développe ici une esthétique qui est satanique, on remarque la rupture du romantisme, notamment avec Hugo, qui est lassé de mettre dieu au centre.

Cela préfigure les poèmes blasphématoires qui figurent dans la section « révoltes ».

-C'est Satan et non Dieu qui dirige l'homme.

C. L'ennui, le "spleen"

=>Et cet homme devient lâche et sans volonté à cause de son défaut pour le plaisir, le divertissement= c'est le combat contre "l'Ennui"Tout le poème est construit de manière à amener l’ennui qui arrive de façon dramatique. En effet, une majuscule et un point d’exclamation suivit d’un tiret l’isole du reste du poème. On relève une énumération d’animaux monstrueux, « les vautours », puis une seconde d’adjectifs, plus laids, plus méchant, plus immonde… c’est aussi une gradation, « glapissants, hurlants, grognants… ». Ceci accentue ce que l’on doit découvrir, c’est une progression qui mène à l’ennui, lui-même fortement accentué et même personnifié. 

II) Un poème en forme de préface

A. Un pacte avec le lecteur

-Une préface doit remplir plusieurs fonctions, donner l’appartenance du texte, le genre ; définir une poétique, quel ton ? Principe d’écriture ? Établir un protocole de lecture ainsi qu'accrocher le lecteur.

-Ici, ce n’est pas une confession lyrique de Baudelaire, il y a même un retournement de situation au 4ème quatrain, "tu" arrive avec brutalité risquant de ne pas plaire au lecteur, c’est une provocation moderne.

- Le lecteur est masqué, il est impliqué dans l’œuvre, ponctuation, mise en évidence, « Hypocrite lecteur », et ceci dans un but de rapprochement avec l’auteur, "mon semblable, mon frère." .

-Baudelaire comprend une humanité générale: pron. personnel "nous". Il crée une relation d'intimité avec le lecteur.

-Victor Hugo écrit dans la préface des Contemplations : "Insensé qui croît que je ne suis pas toi"= relation d'intimité.

 B. La modernité de Baudelaire : sa violence poétique

Baudelaire donne des images crues, il a des propos violents, on relève le champs lexical de la pourriture, dévoré, rongé par les vices, le spleen, « vermine », « vers qui rongent », « helminthes ». Il y a un mélange de plusieurs genres de langues, grandiose et idéal et spleen. On relève aussi des oxymores (violence antithétique et figures d'opposition).

-La poésie est donc une déchirure entre le spleen et l’idéal mais aussi une réconciliation par les oxymores.

- Annonce d'une modernité par l'usage d'un vocabulaire courant ("vieille orange") qui choque avec un vocabulaire culte ("catin"=mot antique, "helminthe", "trismégiste")

 C. Le déploiement des images

-Il y a des métaphores, des comparaisons, à tous les vers.

-La mort est une allégorie, "sourdes plaintes", "fleuves invisible", métaphore filée, le mal est comparé à un oreiller confortable où Satan va nous bercer. L'Ennui, avec e majuscule, est aussi personnifié "il rêve d'échafauds en fumant son houka".

-Toutes ces images ont pour but de révéler la vision de Baudelaire, révéler le monde tel qu’il est et non tel qu'il semble être. Il nous fait vivre l'expérience, la souffrance du poète par la révélation qu’il a eu de Satan, du diable, de l’ennui. C’est un coup de théâtre car il préfigure le symbolisme.

- Cette préface propose une vision pessimiste de l'homme, ce qui éclaire le titre.


 Conclusion

Nous avons pu voir que ce poème est une véritable préface à l’entrepris des Fleurs du mal, qu’il est une invitation au voyage faite au lecteur où le poète annonce ce qu’il va se dérouler au fur et à mesure de la lecture, où le lecteur vivra une véritable alchimie de la douleur.

 

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