Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Le blog de Toni

Articles avec #candide tag

Question I entretien

15 Avril 2010 , Rédigé par leblogdetoni.over-blog.com Publié dans #Candide

-Qu'est-ce qui a permis la publication de Candide (les œuvres des Lumières) dans l'histoire?

-Quelle est la forme pour critiquer qui te semble la plus efficace: le conte philosophique Candide de Voltaire ou l'essai sur l'esclavagisme de Montesquieu in De l'esprit des lois

Lire la suite

Candide Chapitre 30 de Voltaire

6 Avril 2010 , Rédigé par leblogdetoni.over-blog.com Publié dans #Candide

 

Introduction:Problématique:

Voltaire (1694-1778) est un des grands penseurs des Lumières, il dénoncera sans relâche et en utilisant différents genres littéraires les injustices, les inégalités et l’intolérance. Il écrira des contes philosophiques dont Micromégas, Candide (en 1759) et L’ingénu mais aussi des traités, des essais, des articles de L’Encyclopédie et de la poésie.

Candide conte les mésaventures d’un jeune homme dont le seul désir est d’être avec Cunégonde. La recherche de Cunégonde va permettre à Candide  d’évoluer vers une philosophie empiriste,  celle que prône Voltaire, en affrontant les horreurs de la guerre, les caprices de la Nature et les travers des hommes.  L’extrait qu’on va commenter…

 I/La fin du conte.

  A/Clôture Spatiale.

- "Il y avait" à l'incipit nous fait penser à une clôture du conte classique, c'est-à-dire avec une fin heureuse.

-Il y a eu une régression spatiale: 

  => jardin = château: deux mondes clos

  =>La Turquie a remplacé la Westphalie

  B/Parodie de situation finale du conte

- Tous les personnages "bons" se voient réunis: les mauvais ont été tués.

- Pangloss résume l'œuvre: Voltaire semble nous rappeler l'histoire.

- La fin n'est pas classique du fait que tous les personnages travaillent. Le travail est mis en relief.

-La beauté n'est pas omniprésente: "Cunégonde était à la vérité bien laide"

-le ton est gaie comme dans les fins classiques des contes mais la dernière phrase est une proposition subordonnée d'opposition: "il faut cultiver notre jardin" sera une phrase que le lecteur n'oubliera pas de retenir.

II/ Points communs et différences avec Westphalie.

A/ Les mondes clos et la société

-L'espace se clôt de manière ambivalente: rétrécissement social ("M. le baron", "Mme la baronne", "Cunégonde", "Pangloss", "Candide" // "Candide", "Cunégonde", "Martin", "Paquette", "frère Giroflée"). Une société tourne autour de "Pangloss" et l'autre autour de "Candide"

-Du château à la métairie: l'installation dans le jardin marque la fermeture de l’espace géographique.

B/ Du paradis d'illusion au jardin de la sagesse

-Le paradis du château n'est qu'une illusion entretenue par Pangloss: "la meilleur des baronnes possibles", "le plus beau des châteaux".

-Dans le jardin, les illusions optimistes de Pangloss sont rejetées: "il faut cultiver notre jardin". Le travail est capital. C'est le seul capable d'éloigner "l'ennui, le vice et le besoin".

-On peut voir que la parabole (incipit/excipit) oppose clairement l’activité aux discours inutiles

C/Affranchissement de Candide et invariance de Pangloss

- Au début: Candide croît aveuglement à Pangloss, mais il réussit finalement à passer de la philosophie théorique de Pangloss à une philosophie encrée dans les circonstances. Il est alors capable de contredire Pangloss: "cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin"

-Dans le premier paragraphe, la réponse de Candide est au milieu de deux longues tirades de Pangloss, ce qui crée un effet d'anéantissement des paroles de Candide: on reprend la même situation qu'au début du conte.

-Par contre, au deuxième paragraphe le récit emporte le discours, et Candide répond à Pangloss sans se laisser contredire. Le fait que se soit Candide qui finisse le dialogue est très significatif de son évolution.

-Pangloss n'évolue pas. De même que dans le premier chapitre, il établie des raisonnements de fausse logique et injustifiés: il est incapable de penser par lui même en reprenant "selon le rapport de tous les philosophes" et mène une logorrhée verbale pour prouver simplement que les "grandeurs sont dangereuses".

-Son discours tourne comme dans tout le conte autour de son postulat: "tout est au mieux":"Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles".

III/ Du futil à l'utile: la philosophie du jardin

  A/ La satire de l'optimisme

- Une philosophie purement livresque: personnages de la Bible, personnages de l'Antiquité, personnages de l'époque moderne, le jardin d'Éden. Il relève une citation latine et en tire une déduction plus ou moins discutable:"l'homme n'est pas né pour le repos." Il ne raisonne pas.

-Cultiver notre jardin connote pour Pangloss le Paradis, le Jardin d'Éden, qui est parfait. Candide l'oppose à la réalité, le meilleur des mondes est refusé, on ne vit donc pas une vie paradisiaque.

-L'entètement de Pangloss devient l'élément définitif qui le met en ridicule: l'utilisation de nombreuses hypothèses ("si...ne...pas...") pour décrire tous les malheurs aboutit paradoxalement au bonheur de Pangloss qui se réduit au fait de manger :"vous ne mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches".

-L'optimisme devient trop invraisemblable pour être adopté.

  B/Le culte de l'action: le philosophe voltairien.

-Comme dit le bon vielliard Turc juste avant de cet extrait: "le travail éloigne de nous trois grands maux, l'ennui, le vice, et le besoin".

- "Toute la petite société entra dans ce louable dessein"= cultiver le jardin devient capital. Le travail enlève les défauts.

- Candide devient le représentant de l'empirisme. L'apprentissage par l'expérience et non pas par la théorie. Candide est dans des "profondes réflexions", et lorsqu'il parle il utilise des phrases courtes qui soulignent l'importance du contenu, en plus on a l'impression qu'il prend du temps avant d'interrompre Pangloss.

-Candide devient un philosophe reflet des Lumières, il devient un représentant de cette philosophie qui se base en "sapere aude" Emmanuel Kant: Aie le courage de te servir de ton propre entendement! 

-Dans la seconde partie du texte, on note l’importance des activités manuelles préservées de manière laudative : « très bonne pâtissière ». De plus, l'antithèse "la petite terre rapporta beaucoup" souligne la valeur du travail.

-L'homme devient maître de sa vie et non de la Providence.

  C/La sagesse de l'humanité: il faut cultiver notre jardin.

Image réduite du monde: une société fondée sur le libéralisme économique et politique.

              -Les tâches sont rationalisées

              - Absence de religion

              - Pas d'autorité

              -   « la petite terre » = le monde

              -   Les personnages : de tous les sexes et de tous les âges

              -   C’est une société qui travaille: les différentes corps de métiers

-Candide trouve une paix dans un choix de vie supportable bien loin des rêves de l’Eldorado. Ce choix est un aboutissement de tout un parcours et bien que ce ne soit pas parfait, il ne dépend plus des caprices du sort.

 

CONCLUSION

  En 1773, Voltaire écrit à D’Alembert : « si j’ai encore quelque temps à vivre, je le passerai à cultiver mon jardin comme Candide. J’ai assez vécu comme lui ».


 



 

 




Lire la suite

Candide Chapitre 19 de Voltaire

6 Avril 2010 , Rédigé par leblogdetoni.over-blog.com Publié dans #Candide

Introduction: 

Voltaire (1694-1778) est un des grands penseurs des Lumières, il dénoncera sans relâche et en utilisant différents genres littéraires les injustices, les inégalités et l’intolérance. Il écrira des contes philosophiques dont Micromégas, Candide (en 1759) et L’ingénu mais aussi des traités, des essais, des articles de L’Encyclopédie et de la poésie.

Candide conte les mésaventures d’un jeune homme dont le seul désir est d’être avec Cunégonde. La recherche de Cunégonde va permettre à Candide  d’évoluer vers une philosophie empiriste,  celle que prône Voltaire, en affrontant les horreurs de la guerre, les caprices de la Nature et les travers des hommes.  L’extrait qu’on va commenter…

  Problématique: Comment Voltaire propose-t-il une triple dénonciation de l'esclavage, de la religion qui le soutient, et à travers eux de l'optimisme, dans un discours sur un fil entre neutralité et pathétique?

I/Le dispositif narratif et le discours du nègre: la force de persuasion de Voltaire

  A/Des personnages aux traits marqués

-Vanderdendur :  Esclavagiste blanc dit de 'fameux' par le Nègre qui le dédaigne implicitement : célèbre (dépréciatif) par ce qu'il inflige aux esclaves. Patronyme caricatural : nom à consonance hollandaise et peut se décomposer : « vendeur à la dent dure » : il souligne la cruauté.

-Le nègre :description de la misère totale : (mutilé, moitié nu), tableau d'un être misérable "étendu par terre".

- D'un côté le cruel bourreau, de l'autre la pauvre victime : Voltaire a fortement stylisé les personnages pour montrer deux camps indissociable de la société esclavagiste.

  B/ Nudité de l'esclave/ Neutralité du portrait

-Description au point de vue externe caractérisé par un ton qui laisse place à l'horreur brute

-Candide, homme libre, debout, en mouvement. A l’opposé, le nègre, immobile,"étendu par terre". Mise en relief de la prostration du nègre.

-Son état physique est annoncé avec la neutralité d'un constat.

- Épanorthose: "n'ayant plus que la moitié de son habit, c'est-à-dire d'un caleçon de toile bleue"= mise en évidence que le dit "habit" n'est qu'un "caleçon", et qu'en l'occurrence, il n'en reste que la moitié. La correction avec "c'est-à-dire" intensifie le fait qu'il soit pratiquement nu.

-Cette incomplétude de l'habit annonce sa mutilation physique: "il manquait à ce pauvre homme...droite". Malgré la présence de l'adjectif "pauvre", qui reste assez faible vu la situation, la pitié ne domine pas ce passage qui montre simplement la brutalité nue des faits.

  C/ La sobriété du discours de l'esclave: force de persuasion

-Le narrateur limite la partie descriptive à la première phrase. Puis il ouvre un dialogue, qui implique Candide, mais donne surtout la parole à la victime: emploi de la première personne permet de conférer un pathétique discret à l'évocation=> plus de retentissement affectif pour le lecteur. De plus, le Nègre dit souvent "nous", soulignant ainsi son appartenance à une communauté souffrante dont il est solidaire.

-Le choix d'un style nu pour le langage de l'esclave fait particulièrement ressortir la brutalité des faits: "Quand nous travaillons aux sucreries et que la meule nous attrape le doigt, on nous coupe la main; et quand nous voulons nous enfuir, on nous coupe la jambe"

  =>  L'emploi du présent de vérité générale amplifie le caractère horrible, il s'agit du présent de l'usage, de la loi, et donne ainsi au passage une valeur universel.

  => Le pronom "on" renvoie les maîtres des esclaves à l'anonymat et crée aussi un effet d'universalité.

  =>L'absence d'adjectifs souligne la simplicité, l'objectivité d'un constat

  =>Les faits sont présentés comme des faits habituels "c'est l'usage", donc anodins. De plus le rythme binaire contribue à un effet de coutume, la torture est dépourvue de tout caractère exceptionnel.

  -Le style elliptique. la syntaxe accentue la rigueur des sévices en simplifiant le réel: on passe de "...nous attrape le doigt" à "on nous coupe la main" en économisant l'explication (l'amputation pour éviter la gangrène). Idem pour "on nous coupe la jambe": on coupait le jarret des fuyards pour éviter la récidive sans trop nuire à leur rendement.

- Voltaire crée un contraste saisissant avec "C'est à ce pris que vous mangez du sucre en Europe". Le lecteur ressent une certaine pitié pour les esclaves ainsi que répugnance contre les maîtres qui les torturent, qui sont désignés par le pronom "on" sans designer autrui, le lecteur a donc pris du recul à l'accusation. Mais la proposition suivante "C'est à ce pris que vous mangez du sucre en Europe", le "vous" rassemble aussi le lecteur: il ne peut éviter de se sentir un peu angoissé et dérangé, Voltaire nous enlève de notre paradis de lecteur ou on peut rire de l'ironie sans nous sentir concernés.

-Le nègre n'exprime pas sa souffrance on la devine par les faits. Ainsi le portrait cru de l'esclave ne nécessite pas de sous-entendu: Voltaire laisse éclore la réalité telle qu'elle est.

II/ Un pamphlet contre la société esclavagiste

  A/Les arguments de Voltaire

-L'esclave apparaît comme la propriété d'un autre homme: voir tous les indices de la soumission "J'attends mon maître", "c'est l'usage".

-L'esclave est ramené à la condition animale: "les chiens, les singes et les perroquets sont mille fois moins malheureux que nous"

-Assimilation d'un "accident du travail" (terme anachronique) à un délit: quelque soit la faute commise, l'esclave subit le même sort. Il s'agit donc d'un système brutal, cruel car il exploite la souffrance, il repose sur la torture, pour le plaisir de quelques privilégiés européens

-La disproportion entre le coût des produits  en termes de vie humaine, de torture; et le coût réel du sucre en Europe. "C'est à ce prix...": Euphémisme qui traduit l'écart entre plaisir des européens et la condition de vie des esclaves.

  B/L'hypocrisie de tout le système: la dénonciation de l'Église

-L'Église accepte, justifie l'esclavage en convertissant les esclaves: "les fétiches hollandais qui m'ont converti..."

-La religion enseigne une vérité non appliquée " les fétiches...me disent tous les dimanches que nous sommes tous enfants d'Adam, blancs et noirs": les hommes sont censés être égaux mais ce n'est pas le cas. Voltaire met en évidence l'hypocrisie des prêtres .

-On entend ici la voix de Voltaire lui-même derrière celle de l'esclave (polyphonie): les termes "prêcheurs", "généalogistes", "cousins issus de germains" appartiennent à un niveau de langue soutenu qui fonctionne comme un indice de la présence du philosophe.

-Voltaire dénonce le prosélytisme religieux qui a incité le nègre à ne pas se révolter car "nous sommes tous enfants d'Adam, blancs et noirs": la religion est complice, et entretient le système.

III/ La dénonciation de l'optimisme et l'évolution du personnage de Candide

  A/La "structure narrative": dénoncer l'illusion optimiste.

-Ce chapitre suit immédiatement celui de l'Eldorado: la misère humaine éclate d'autant plus fortement qu'elle est montrée après les richesses du pays d'Eldorado, après la mise en évidence d'une société rêvée de paix, d'harmonie et d'égalité entre les hommes, dans laquelle "tous les hommes sont prêtres".

-Cet enchaînement des chapitres agit comme une preuve supplémentaire de l'existence du Mal sur Terre et est donc une sévère attaque portée à l'optimisme de Pangloss.

-On note que le paragraphe qui précède ce passage se clôt sur le terme "félicité", fruit de l'illusion de Cacambo: "Nous sommes au bout de nos peines et au commencement de notre félicité". Le portrait du nègre se donnera comme objectif de démentir cette idée.

  B/Le discours de la mère: dénoncer l'illusion optimiste qui conduit à l'esclavage.

-Le discours de la mère résonne comme un écho de celui de Pangloss: "adore nos fétiches", "ils te feront heureux", "la fortune de ton père et de ta mère": en même temps qu'est dénoncé l'illusion de la mère, c'est l'optimisme de Pangloss qui est visé.

- Il y a aussi dénonciation de la naïveté des familles esclaves mais elle n'est que très secondaire car en réalité c'est l'optimisme qui est visé. Dans Candide il y a un lien permanent entre naïveté et optimisme: Candide, en perdant sa naïveté, abandonne progressivement l'optimisme.

  C/L'évolution de Candide: vers la désillusion.

-Ce récit marque un pas important pour Candide dans la conquête d'une certaine autonomie de pensée.

  =>Sa surprise initiale:les points d'interrogation montrent que Candide s'interroge, il désire comprendre

  =>Il prend encore son maître à témoin mais il dénonce tout de même l'optimisme comme "la rage...on est mal".

  =>Début 'état horrible' (Nègre) et fin 'abomination' (tout l'esclavage) : Candide généralise et par le Nègre prend conscience de tout le système (regard humaniste, apitoyé).

  =>Au début 'dit Candide' et à la fin 's'écria Candide' ; 'versait des larmes, en pleurant' : Candide est particulièrement touché, bouleversé intérieurement: pour la 1ère fois ses émotions apparaissent. La rareté de l'émotion rend plus atroce la réalité dénoncée

CONCLUSION

• Texte basé sur le constat de l'infamie de la traite des Noirs : il décrit authentiquement la cruauté des négociant et les mensonge de l'Église.
• Description très crue de la mutilation du Nègre et du trafic suscite un sentiment de révolte et l'indignation chez le lecteur.
• C'est la 1ère fois que Candide voit monde autrement et fait mine de pessimisme.
• Le texte participe fortement aux combat des Philosophes contre l'intolérance et l'injustice. On peut faire un rapprochement avec 'L'esprit des lois' de Montesquieu, où on retrouve nombreux arguments contre l'esclavage.


Lire la suite

Candide Chapitre 3 de Voltaire

6 Avril 2010 , Rédigé par leblogdetoni.over-blog.com Publié dans #Candide

Introduction: Problématique: Comment Voltaire mène une critique mordante en utilisant l'efficacité de l'ironie?

Voltaire (1694-1778) est un des grands penseurs des Lumières, il dénoncera sans relâche et en utilisant différents genres littéraires les injustices, les inégalités et l’intolérance. Il écrira des contes philosophiques dont Micromégas, Candide (en 1759) et L’ingénu mais aussi des traités, des essais, des articles de L’Encyclopédie et de la poésie.

Candide conte les mésaventures d’un jeune homme dont le seul désir est d’être avec Cunégonde. La recherche de Cunégonde va permettre à Candide  d’évoluer vers une philosophie empiriste,  celle que prône Voltaire, en affrontant les horreurs de la guerre, les caprices de la Nature et les travers des hommes.  L’extrait qu’on va commenter ...

 

I/Une vision laudative de la guerre

  A/Le registre épique

-L'éloge de la guerre se traduit par l'usage du registre épique

- "héroïque", "héros", "quelques héros": la dénotation est tout à fait positive. Si les soldats sont des héros c'est qu'ils font du bien.

-Beaucoup de verbes d'action: renverser, ôter, gagner, aller. Expriment les épopées des soldats

-Auxèse l.2 à 4: gradation d'hyperboles jusqu'à faire la somme des morts => "Le tout pouvait se monter à une trentaine de mille âmes". 

  B/ Une vision esthétique de la bataille

- Armées définies par une suite de termes laudatifs associés à l'adverbe intensif "si".  On a l'impression que les deux armées sont parfaites et bien différenciées.

-La rime "si bien ordonné que les deux armées", va dans ce sens de perfection esthétique.

- La gradation d'instruments de musique du plus aigu au plus grave mêle l'ouïe, harmonieuse, avec la vue de l'armée dans une symbiose parfaite. De plus, l'ordre de description des instruments est parallèle à l'ordre des armées.

- La présentation du nombre de morts en un ton neutre ("d'abord", "ensuite", "enfin") et en forme de somme ("six mille", "neuf à dix mille", "quelques milliers", "Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes") prive d'intensité à la mort, elle est banalisée.

- Euphémismes: "ôta du meilleur des mondes", "trente mille âmes", "renversèrent". La mort est atténuée.

-Au premier paragraphe la mort est nette.

  C/ Une justification de la guerre

-La guerre est justifiée par:

 =>La philosophie: le raisonnement optimiste accrédite la guerre: "la raison suffisante", "le meilleur des mondes". La guerre permet de nettoyer ce qui était mauvais, "coquins qui en infectaient la surface"

 => La loi: "droit public" autorise le brûlage du village

 =>La religion: termes religieux "Te Deum"

TRANSITION: Cette minimisation de la guerre au niveau de l'euphémisme et de l'esthétique de la bataille invite au lecteur à voir la guerre avec un oeil plus avertit. Auquel il ne veut pas s'attacher . Certains détails dissonent avec le texte et font un effet de polyphonie énonciative propre au discours ironique. Derrière le regard de Candide il y a la voix du narateur et derrière celui-ci Voltaire.

II/ Un discours en réalité accusateur

  A/ L'ironie et la guerre

-Des subtiles dissonances:

  =>Rythme sautillant: "si beau, si leste, si brillant, si(...)" alors qu'on est dans une guerre. Effet ridicule, on est dans un point de vue innocent, celui de Candide.

  =>Accumulation d'instruments musicaux + instrument meurtrier = canon. Effet comique qui révèle l'ironie du texte. Voltaire nous préviens qu'il y a un deuxième niveau de lecture.

  =>Antithèse: "harmonie (...) en enfer" brise la vision parfaite donnée. On retrouve le lexique qui correspond à une guerre.

-Démystification de l'héroïsme et critique mordante

  => Oxymore: "boucherie héroïque" autrefois un rapport d'opposition entre l'atrocité et l'héroïsme de la guerre. Elle met en doute l'héroïsme de cette guerre.

  => L'ironie caractéristique du premier paragraphe laisse la place à un registre tragique à partir de "Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants". Les héros sont finalement des violeurs, périphrase du viol: "là des filles éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros".

  =>Les victimes sont des innocents: "vieillards", "femmes", "enfants", "filles". Voltaire différencie la mort des "héros", qui est banalisée, et des innocents qui est fortement mise en relief. En effet, la guerre est plus critiquable si on focalise la mort de ceux qui ne peuvent pas se protéger. Les soldats ne sont en rien dignes d'héroïsme. Le fait d'utiliser la désignation de "héros" permet de voir l'écart entre ce qu'ils devraient être et ce qu'ils sont.

- Le 2ème paragraphe a une organisation très picturale: d'abord on a une vision au-dessus: "il passa par-dessus", puis un regard qui se déplace le long de la société des plus vieux au plus jeunes: "ici des vieillards", "leurs femmes", "leurs enfants". Le rythme ternaire de cette description évoque l'étendue sur le plan sociale des conséquences de la guerre, celle-ci touche tout le monde. Le même procédé est utilisé pour le carnage:"Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupés". Premier le cerveau puis les bras puis les jambes, on a de même un mouvement descendant. 

Voltaire ne nous présente ni vainqueur, ni vaincu, car la guerre ne produit que des morts et de la souffrance:" les deux rois faisaient chanter des Te Deum".

  B/ L'ironie et l'optimisme

-La vision naïve de Candide permet à Voltaire de critiquer l'optimisme.

-Les leit-motiv (leitmotive) de Pangloss ("ôta du meilleur des mondes", "la raison suffisante", "raisonner des effets et des causes") repris par le narrateur font une parodie du style de Leibniz.

-Ces reprises s'avèrent inadéquates:

  =>Le sens commun nous dit que le "meilleur des mondes" ne devrait pas avoir des guerres, la simple existence de la guerre devrait nier que ce monde est le meilleur des mondes possibles. 

  =>Effet ironique: par coïncidence les "neuf à dix mille" morts par la mousqueterie sont des "coquins qui en infectaient la surface" or la mort en une guerre est pratiquement aléatoire.

  =>Rapports évidents: "La baïonnette fut la raison suffisante de la mort"

  =>Candide "prit le parti d'aller raisonner ailleurs des effets et des causes": il déserte. 

- Toutes les reprises de Leibniz sont fourrées autour d'éléments qui les discréditent.

-Voltaire s'attaque également aux philosophes: PHILOSOPHE= celui qui maîtrise ses émotions ≠ "Candide, qui tremblait comme un philosophe" et "s'enfuit au plus vite". Le terme philosophe a une connotation péjorative. Selon Voltaire les philosophes devaient être actifs, or Candide décide d'aller "raisonner". Il est incapable de réagir. Le rythme du texte rapide contribue à cet effet: Candide n'a pas le temps de réagir.
 

  C/ L'ironie et le pouvoir 

-Religion: chaque roi pense que Dieu est avec lui en chantant des "Te Deum":  Dieu n'intervient pas dans les guerres des hommes.

-C'est aussi le pouvoir des rois qui est dénoncé en justifiant la guerre avec l'expression "droit public"= Voltaire dénonce l'horreur des lois de guerre qui ignorent  les souffrances et les malheurs des civils.

-Indicateur 'tandis que' révèle la véritable place des Rois : lâcheté car ils restent à l'écart, ils sont insensibles (se soucient peu des pertes, sans doute que les chiffres peu précis se rapportent à estimations)
 

Conclusion: Deux visions de la guerre très différentes :

- Une vision optimiste, montre les aspects positifs de façon ironique pour mieux la dénoncer
- Une vision réaliste, fait comprendre au lecteur et à Candide par la même occassion son atrocité
Voltaire nous fait assister à la désillusion de Candide et à sa prise de conscience.

 


Lire la suite

Candide Chapitre I de Voltaire

4 Avril 2010 , Rédigé par leblogdetoni.over-blog.com Publié dans #Candide

Commentaire:

Introduction:

Voltaire (1694-1778) est un des grands penseurs des Lumières, il dénoncera sans relâche et en utilisant différents genres littéraires les injustices, les inégalités et l’intolérance. Il écrira des contes philosophiques dont Micromégas, Candide (en 1759) et L’ingénu mais aussi des traités, des essais, des articles de L’Encyclopédie et de la poésie.

Candide conte les mésaventures d’un jeune homme dont le seul désir est d’être avec Cunégonde. La recherche de Cunégonde va permettre à Candide  d’évoluer vers une philosophie empiriste,  celle que prône Voltaire, en affrontant les horreurs de la guerre, les caprices de la Nature et les travers des hommes.  L’extrait qu’on va commenter correspond à l'incipit de Candide qui se présente avec la forme du conte.

Problématique: Comment cet incipit, à travers les éléments du conte traditionnel, met à jour une réalité cachée derrière des illusions, qui sont ainsi dénoncées?

I/ L'univers du conte.

     A/ Les formules traditionnelles du conte.

- Formule typique du conte: "Il y avait" qui revient à "Il était une fois". Voltaire inscrit cet incipit dans un genre codé: le conte, à partir duquel le lecteur pourra mesurer l'écart entre ce qu'il écrit et ce qu'il veut dire. 

-Autres formules: "icelui": archaïsme, traditionnel du conte.

- Comparatifs et superlatifs: « les moeurs les plus douces », « l’esprit le plus simple », « un des plus puissants », « le plus beaux des châteaux », « la meilleure des baronnes possibles ». Création d'un monde manichéen (bien/mal) caractéristique du conte.

- Caractérisation positive= multiplication d’adjectifs mélioratifs comme « beau », « bon », « honnête », « douce », etc.

-Temps de la description du conte=> l'imparfait: "avait", "annonçait", "soupçonnaient". Il s'agit de présenter la situation initiale et tous ses éléments avant d'évoquer l'élément perturbateur, qui sera annoncé en utilisant le passé simple.

    B/ Les éléments traditionnels du conte.

- Lieux traditionnels du conte= région peu connue la "Westphalie", l'action se déroule dans un "château", où l'on trouve une "grande salle" avec sa "tapisserie".

- Les personnages appartiennent tous à la noblesse: "M. le baron", "Madame la baronne" et leurs enfants (noblesse mise en relief lors du refus de la sœur du baron d'épouser un "bon et honnête gentilhomme"). La présence d'un précepteur fait partie des attributs inséparables de la noblesse.

-Intemporalité propre à l'univers du conte et absence de précision pour plus d'irréalité.

-L'univers crée est clos sur lui-même: "dans ce meilleur des mondes possibles. La description du lieu en fait un microcosme, un endroit merveilleux et coupé du monde et de la réalité.

   C/ Les personnages de contes

- Personnages peu décrits et résumés à une caractéristique principale:ils n'ont aucune nuance ni complexité. Candide est présenté par une périphrase: "un jeune homme à qui la nature avait donné les moeurs les plus douces" et par physiognomie: "Sa physionomie annonçait son âme".

-Le baron se réduit à son appartenance à la noblesse:puissant et digne qui jouit de la considération de son entourage "Ils l'appelairent tous monseigneur".

-La baronne aussi caractérisée par sa dignité, mise en relief par le lexique: "très grande considération", "honneurs", "dignité", "respectable".

-Les enfants ne sont que des reflets de leurs parents 

-Cunégonde est réduite à son physique et sa sensualité

-Quant à Pangloss, il n'a pas de caractéristiques physiques, il est ce qu'il enseigne. Aucune autre référence morale.

TRANSITION:Le Lecteur semble plongé dans un univers de conte traditionnel. il se rend compte d'un certain nombre de grincements qui invitent à une lecture ironique du texte et que derrière une façade idillique le monde du baron n'est pas ce qu'il semble.

II/ Les "grincements" révélateurs de l'ironie du texte

    A/Les discrètes interventions du narrateur

 -Intervention répétée et dissonante du narrateur:

   =>"je crois": Apparition dissonante qui feint la doute alors qu'il vient d'utiliser le superlatif "l'esprit le plus simple".

   =>Noms propres peuvent être vus comme une annonce de l'ironie du texte: "M.le baron de Thunder-ten-tronckh" = cacophonie qui exprime la dureté du baron (justifiée lors des coups de pied) ou encore "Pangloss" du grec "pan"=tout et "glotta"=langue, il est ainsi caractérisé comme parleur universel, il ne fait que parler et ne rien dire.

 - Il arrive aussi que le choix de l'effacement des interventions du narrateur soit également significatif. Le discours direct pour la présentation de la philosophie de Pangloss = le narrateur semble ne vouloir pas amincir l'étendue de la bêtise de Pangloss en reprenant à son compte ses stupidités.

   B/L'envers du décor et la critique de la noblesse

     1/ Un paradis faux

- Une série de justifications absurdes qui signalent des images trompeuses:

  => La puissance du baron se mesure du fait que son château "avait une porte et des fenêtres"

  => La baronne s'attire une grande considération du fait de ses "trois cents cinquante livres". Le seul mérite de la baronne serait donc son obésité.

Voltaire oppose la prétention de richesse (- grande salle -, - meute -, - piqueurs, - grand aumônier) et la basse réalité (simples ornements de - tapisserie -, « chiens de basse-cour -, - palefreniers -, - vicaire -)

-Le verbe rire employé après "monseigneur" l.13 crée une dissonance subtile qui arrête le lecteur en donnant une image de serviteurs qui se moquent de son seigneur, l'aspect respectable du baron est donc ridiculisé.

-Le fils du baron est "en tout digne de son père", ce qui devrait être laudatif mais sachant ce qu'est son père, le fils est à son tour critiqué.

-Cunégonde semble marcher sur les traces de sa mère, elle est discrètement comparée à une volaille et son prénom a une sonorité vulgaire et ridicule. 

    2/ Critique de la société féodale

-Voltaire critique une société fondée sur les apparences

-La soeur du baron n'épouse pas le père de Candide car il n'a pas de généalogie justifiée. Il n'a pas pu prouver qu'il est noble, même s'il est "un bon et honnête gentilhomme".Elle ne l'épouse pas car "il n'a pu prouver que soixante et onze quartiers" alors qu'il faut 72 pour être baron.

   3/La satire du flatteur

-Pangloss, à travers des superlatifs mélioratifs comme "le plus beau château du monde", "la meilleure des baronnes possibles", est le flatteur par excellence du seigneur. Pangloss profite de l'esprit peu perspicace de la famille pour vivre au dépend de M. le baron. 

-Le choix de nommer "méthaphysico-théologo-cosmolo-nigologie" sa "science" indique qu'elle n'est qu'un vaste fourre tout qui s'appuie surtout sur la naiveté de son public: ce que met en relief le mot "nigaud" contenu dans son nom.

-Les domestiques sont aussi flatteurs: "Ils l'appelaient tous monseigneur, et ils riaient quand il faisait des contes". On a l'impression que, de même qu'ils s'obligent à l'appeler monseigneur, ils rient de ses futilités.

- Voltaire montre donc une noblesse aveugle et qui cherche à créer un paradis illusoire à travers son entourage et les apparences.

  C/ La caricature de l'optimisme et de Leibniz

- Pangloss= parleur universel :manque de sens profond dans son discours. Le nom suggère des discours vains.

- Le nom de "sa science" est aussi ironique

- Tautologisme: "Il n'y a point d'effets sans cause". Le fait qu' "il prouv(e) admirablement" une évidence montre à la fois la simplicité des esprits de ses élèves et le manque d'épaisseur et de sens de la philosophie de Pangloss.

-Il arrive même à détourner la relation cause et effets qu'il prône: "les nez ont été faits pour porter des lunettes".

- Il met en place une conception du monde hors de la logique "tout étant fait pour une fin, tout est nécessairement pour la meilleure fin"

-De plus, il ne justifie aucune de ses affirmations, il se limite à affirmer au début de sa dissertation: "Il est démontré".

-Le ton savant et sûr de lui-même que le lecteur ressent du discours de Pangloss va dans le sens ironique.

- Voltaire crée cette ambiance ironique pour enfin critiquer impitoyablement l'optimisme:

    =>D'abord il critique explicitement la conception du monde Leibnizienne "ceux qui ont avancé que tout est bien ont dit une sottise". On a l'impression qu'il s'agit de la voix de Voltaire. La juxtaposition des deux propositions crée une pause indispensable à la bonne compréhension du message.

    =>Épanorthose= "il fallait dire que tout est au mieux" cette correction permet de renforcer l'idée que le monde est parfait, que la conception du monde par Leibniz est plus que correcte. Le fait que Pangloss soutienne cette théorie crée une distance entre le lecteur et l'optimisme qu'il soutient: le lecteur n'oublie pas que pour Pangloss "les pierres ont été formées pour être taillées" et que "les cochons sont faits pour être mangés".

- Pangloss peut être finalement assimilé à Leibniz: il utilise ses mêmes expressions et technicismes. En fait, Voltaire utilise la parodie et il n'y a parodie que si on repère les éléments d'origine.

 

CONCLUSION


 



 


 



Lire la suite