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Le blog de Toni

Parfum exotique, Les Fleurs Du Mal de Baudelaire

30 Mai 2010 , Rédigé par Toni Publié dans #Les Fleurs du Mal

Introduction:

Problématique.

-Comment l'image de la femme, disparaissant au profit de son seul parfum, devient le prétexte à une rêverie sensuelle accomplie dans la poésie.

I/Les étapes de la rêverie

 A) les conditions de la rêverie

-La structure syntaxique de la première strophe met en avant l'importance accordée au cadre de la rêverie: "quand...": effet d'attente. La principale "je vois...", n'apparaît qu'au v.3, après une longue proposition conjonctive introduite par "quand" et entrecoupée d'incises au v.1. Tout ce cadre détermine la puissance de la rêverie à venir.

-Le lexique de la clôture et de l'intimité est l'expression d'un climat protecteur, sûr, propice au déploiement de la rêverie nostalgique: "les deux yeux fermés", "soir chaud d'automne".

 B)Sens et sensualité

-Chez Baudelaire c'est l'odeur qui est le sens suprême: "Quand (...) je respire l'odeur de ton sein chaleureux...". (Le titre du poème Parfum exotique", "chevelure" qui décrt une rêverie à partir de l'odeur des cheveux de la femme aimée et le poème "Le Parfum":

- Le lien étroit qui unit l'odorat et la vue est souligné par la conjonction "quand" qui traduit la simultanéité par le parallélisme en début de vers. "je respire" / "je vois". La magie suggestive du parfum provoque le déploiement de la vision.

 C)Le poème comme voyage

- "je vois se dérouler des rivages heureux": le poème va se donner comme le développement d'un voyage. L'évocation des "rivages heureux" succède à celle du "sein chaleureux". Un paysage exotique vient se substituer à la figure féminine. On perçoit alors nettement le rôle joué par la femme: libératrice de l'esprit et de la vision, elle n'est au fond qu'un prétexte au rêve. Elle s'efface en effet des visions suivantes et ne réapparaîtra qu'une fois à travers son parfum: "Guidé par ton odeur..." v.9

-Le rythme de l'ensemble du poème se donne par ailleurs comme le bercement de la mer perçu dans un bateau.

Transition: la femme s'effaçant, le poème perd alors son caractère anecdotique pour prendre un aspect visionnaire; il se transforme en un tableau exotique.

II/ Un tableau paradisiaque

 A)Le soleil et la mer

-La lumière qui règne est magnifique (v.4). le verbe "éblouissent", mis en relief au début du vers, insite sur l'intensité de la lumière.

-Le pluriel "les feux" évoque une lumière multipliée par ses reflets sur l'eau.

-Le soleil et la mer inaugurent donc la vision d'un univers paradisiaque: le soleil est symbole de vie et la mer de liberté et d'infini. (Vers anachroniques de Rimbaud dans Une saison en enfer, 1873: "Elle est retrouvée! / Quoi? l'éternité/ C'est la mer mêlée / Au soleil.)

-La clarté est rendue sensible par les voiles (blanches) et par l'assonance en [a], l'on imagine aisément les bâteaux sur la mer, parmi l'éclat du soleil.
    

  B)Un paradis païen

-Cette île représente à plusieurs titres le paradis originel: nettement délimités, préservée de la civilisation, c'est le lieu utopique par excellence, le symbole de l'âge d'or.

-"des arbres singuliers et des fruits savoureux": les deux adjectifs mettent en valeur les deux composantes du paradis baudelairien: l'exotisme ("singuliers") et la sensualité ("savoureux"). Cette vision harmonieuse de l'univers est rendue sensible par l'équilibre et le parallélisme du vers 6: "Des arbres singuliers et des fruits savoureux": on observe la construction syntaxique des deus hémistiches (article+substantif+adjectif) et l'allitération en [s].

-(((Mais l'allusion à la saveur des fruits reflète une conception païenne de paradis car dans l'Éden biblique le fruit est amer. Ici, le fruit n'est pas défendu comme dans la tradition chrétienne et la chute originelle n'a pas lieu. Ainsi, à la description de la végétation succède celle de la population dont la probable nudité ("dont le corps est mince et vigoureux"), v.7 loin d'ètre frappée d'opprobre, témoigne de l'innocence et de la beauté de l'homme naturel.)))

- A la beauté physique des hommes, répondent les vertus morales des femmes: "et des femmes dont l'oeil par sa fanchise étonne", v.8.

 C)Paresse et fécondité

- L'île parvient a concilier les notions contradictoires comme l'oisiveté et la fécondité. Dans le vers, "une île paresseuse où la naure donne", les verbes se répondent à la césure et à la rime. 

-Baudelaire met en place une morale de l'oisiveté, qui rappelle "l'indolent compagnon" qu'est l'Albatros, et qui est prônée dans "La chevelure": "ô féconde paresse,/ Infinis bercements du loisir embaumé!" (V.24/25). Des pléonasmes soulignent l'évident: "vague marine", "verts tamariniers", il y a un effort de simplicité, d'harmonie caractéristique de la paresse. 

-1ère strophe: "Je respire l'odeur", 4ème strophe: "m'enfle la narine"= le poète devient oisif ce n'est plus lui qui respire mais le parfum qui lui parvient. De plus, il est emporté: "guidé par ton odeur".

-La fécondité se donne également à travers la profusion de "voiles et de mâts"v.11.

III/ L'Idéal atteint dans la fécondité

A) Repli versus Infini

- Évoqué en I , le thème de la clôture comme propice au déploiement de la rèverie peut être à présent relu comme chargé de symboles eux-mêmes propres à incarner la rêverie:

- le motif du "sein chaleureux" présente une forte connotation érotique mais révèle aussi l'importance de l'image maternelle. L'intimité amoureuse aboutit à une régression car le bonheur, pour Baudelaire, est lié à l'enfance. Il dira à ce propos. "Le génie, c'est l'enfance retrouvée à volonté".

- le "port", qui est aussi une figure de la clòture (puisque les bâteaus viennent s'y reposer, v.11) est aussi une image de la vie bercée et protégée. Ainsi Baudelaire établit un lien profond entre les homonymes "mer" et "mère".

Mais le port est une figure ambivalente puisqu'il concilie des désirs contradictoires: il est en effet également le lieu de l'expansion vers l'infini.

B)Une illustration de la théorie des correspondances

-Les sens se confondent de sorte que l'on peut y voir une illustration de la théorie des correspondances exposée dans le poème "correspondances".

-L'ensemble du poème voit se mêler et se répondre les cinq sens: a l'odorat v.2, répondait la vue dans les vers 2-3. Le goût intervient v.6 à travers l'évocation des "fruits savoureux", et alors que la vue file l'ensemble du poème-tableau, le touché est "rêvé" dans la mention des corps "vigoureux", de la "fatigue" de la vague marine (v.11) et de la circultaion de l'air, v.12, qui donne lieu à un retour à l'olfactif avec le "parfum". 

Le point de départ de la rêverie était donc olfactif, celle-ci devient de plus en plus sensible jusqu'à embrasser les choses dans leur matière ("le corps", les fruits "savoureux") avant d'échapper à nouveau au toucher et de redevenir volatile puisque le poème se clôt sur une évocation mêlée du parfum et de la musique: "le parfum... se mêle dans mon âme au chant des mariniers".

-On note en outre que le parfum qualifié de "vert", ce qui n'est pas sans évoqué, les "parfums frais" de "Correspondances".

C) L'unité sensible au coeur du poème

-Notamment à la fin du poème, cette unité du monde sensible est reproduite sur le plan sonore, grâce:

=>Au jeu d'échos grâce à la rime de mots presque homophones ("tamariniers", "mariniers", "marine", "narine")

=> À l'assonance en "A" dans les deux dernières strophes: "Je vois un port rempli de voiles et de mâts", "charmants climats", "fatigués", "vague marine", "parfum", "tamariniers", "la narine", "âme", "mariniers".

=>Aux allitérations de consonnes douces et continues: fricatives f/v ("vois", "voiles", "fatigués", parfum", "verts"...); liquides l/r et nasales m/n (" charmants climats", "mâts", "marine", "tamariniers", "mariniers").

-Par ailleurs, la forme même du sonnet, cet "infini diminutif" tel que le nommait Baudelaire lui-même dans Mon coeur mis a nu, est propre à rendre compte de l'infini. Sonnet régulier, ce poème exprime comme dans un beau cadre, une circulation des sons et des sens qui ouvre vers l'infini.

C'est ainsi que cet unité sensible entre "les parfums, les couleurs et les sons (qui) se répondent" comme dans le poème "Correspondances" est rendue sensible par l'intermédiaire du poète qui "condense" les sensations dans le cadre du sonnet. Le mot "âme", v.14, qui opère un  glissement du plan sensible au plan spirituel, exprime bien que c'est à travers le poète que tout fusionne. L'extase sensuelle trouve son aboutissement dans l'écriture.

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lancelot 20/09/2016 23:05

incroyable

Après avoir parcouru de nombreux sites et écouté de nombreux profs qui n'en savaient à peine plus que nous , je suis émerveillé par la qualité de votre interprétation, et je constate avec béatitude que j'ai encore beaucoup à apprendre avant d' espérer atteindre un jour un tel niveau de justesse et de pertinence ^^
Félicitation pour ce travail remarquable , c'est un délice à lire ! ( et c'est un "S" qui vous le dit :P )

justine 01/05/2011 02:41


merci énormement , ça m'a beaucoup aidé car ma prof se proposait de faire une lecture lineaire


mathilde 19/01/2011 19:04


Merci pour ton site, il m'a beaucoup aidé. Mais juste ça serait bien d'écrire le numéro des vers car des fois c'est un peu dur a se repérer. Dans tout cas merci et bonne continuation