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Mme Bovary de Flaubert La mort d'Emma

par leblogdetoni.over-blog.com

publié dans Mme Bovary

Introduction:

Gustave Flaubert fût un écrivain français né en 1821 et mort en 1880. Il est un prosateur de premier plan de la deuxième moitié du XIX ème siècle et a marqué la littérature française par la profondeur de ses analyses psychologiques et par la force de son style dans de grands romans comme Mme Bovary (1857) et L’Education sentimentale en 1869.

Mme Bovary est l’histoire  d’une jeune femme, Emma, qui, à cause de son esprit romantique, doit vivre la réalité en se réfugiant dans des lectures et des amants. L’extrait qu’on va commenter …

Problématique: Quelle représentation de la mort d'Emma Flaubert donne-t-il?

I/ Spectacle de l'agonie

A/ Différents points de vue

- L'agonie d'Emma est présentée sous trois regards: celui d'Emma, Charles et le narrateur.

- Emma offre une vision interne de l'agonie, Charles une vision externe et le narrateur une vision globale. Cet éventail de points de vue permettra une description minutieuse de l'agonie d'Emma. Le réalisme consiste souvent en une multiplication des points de vue.

-"j'étouffe!", "Enlève-le! dit-elle vivement; jette-le!", des phrases courtes et vives à travers des nombreuses exclamations caractérisent le discours d'Emma. Elle apporte une approche réelle de sa souffrance au lecteur: rien de mieux qu'écouter les lamentations du malade lui-même.

- "C'est extraordinaire! c'est singulier! répéta-t-il" , "Il se recula tout effrayé", "Il la questionna; elle ne répondit pas", les interventions de Charles expriment l'horrible état d'Emma. Il permet aussi une approche un peu plus médicale : "Charles observa qu'il y avait au fond de la cuvette une sorte de gravier blanc, attaché aux parois de la porcelaine".

- Le narrateur permet la focalisation des sens d'Emma: "Une saveur âcre", "elle entendait le battement de la pendule", "Elle s'épiait curieusement", "elle sentait un froid de glace".

B/ Le système énonciatif: le narrateur

a) Discours direct

- L'utilisation du discours direct permet le contact entre Emma et Charles , ce qui fait ressortir la souffrance d'Emma: "Il la questionna, elle ne répondit pas", "Enlève-le! dit-elle vivement; jette-le!". Emma exprime son irritation, qui est d'ailleurs double: un mari inutil, un poison douloureux.

- Mais il permet aussi, en dehors du dialogue, d'exprimer et mettre en relief la pensée d'Emma: "Ah! c'est bien peu de chose la mort!", le fait que le narrateur laisse la place à Emma pour exprimer ces pensées après avoir décrit ce qu'elle sent crée ce relief.

b) Discours indirect libre: Flaubert est dans Emma

-Le narrateur est externe, texte à la troisième personne "Elle"/"Il"/"lui", et a un point de vue interne, verbes de perception "elle entendait"/"pensait-elle".

- Le narrateur peut donc raconter les faits en prenant une certaine distance avec les personnages. Mais cette distance se dissipe lors de l'utilisation du discours indirect libre "Mais non! rien encore". On peut penser que le narrateur rentre vraiment dans Emma. Ceci crée un rapprochement qui fait plus sensible l'agonie d'Emma, on pourrait dire que le narrateur ressent lui-même sa souffrance. (("Je suis moi-même Mme Bovary" citation extraite des propos de Flaubert.))

C/ Des sens et des sensations continuellement évoquées

- Les sens et les sensations ont une place privilégiée dans cet extrait: 

=> Elles sont sujet des phrases: "Une saveur âcre qu'elle sentait", "Cet affreux goût d'encre continuait", "les vomissements reparurent".

=> Plusieurs contrastes significatifs

      --"Elle entendait le battement de la pendule, le bruit du feu, et Charles, debout près de sa couche, qui respirait": on note un lexique qui revient au vivant "battement", "feu", "respirait". Cette harmonie légère est en accord avec le fait qu'elle ne souffre pas, "Mais non! rien encore", d'où la réplique "Ah! c'est bien peu de chose, la mort!". Cet image faible de la mort heurte violentement avec la souffrance qu'elle ressent après: "j'étouffe!", "Elle fut prise d'une nausée si soudaine", "Elle se tenait immobile, de peur que la moindre émotion ne la fît vomir". Le lexique s'oppose "respirait"/"j'étouffe".

      --"Elle but une gorgée d'eau et se tourna vers la muraille" = l'eau donne au lecteur une sensation de fraîcheur, en plus l'action de boire de l'eau ne provoque aucune conséquence douloureuse inmédiate, "et se tourna vers la muraille" qui va dans ce sens de tranquilité, tranquilité qui est tout à coup opposée à "cet affreux goût d'encre continuait". Le goût d'encre est contrasté par rapport à la fraîcheur de l'eau.

II/ La représentation sale de la mort

A/ Le rythme du spectacle

-Le rythme du récit contribue fortement à la présentation d'une véritable agonie.

-Au début, le rythme du récit est doux: "Elle entrevit Charles et referma les yeux","Elle but une gorgée d'eau et se tourna vers la muraille", "J'ai soif!... oh! j'ai bien soif!" = rythme binaire, des accumulations "Elle entendait le battement de la pendule, le bruit du feu, et Charles, debout près de sa couche, qui respirait".

- Par contre lorsque la douleur se présente, le récit prend une allure heurtée et rapide, comme lorsqu'un malade veut éviter le plus vite possible la douleur.

- Évocation du temps: "si soudaine", "elle eut à peine le temps"

- Juxtaposition des phrases: "Enlève-le! dit-elle vivement; jette-le!", "Il la questionna; elle ne répondit pas", "Il lui passa la main sur l'estomac. Elle jeta un cri aigu. Il recula tout effrayé"

-Ellipse pour focaliser l'agonie: "À huit heures, les vomissements reparurent"

B/ Aucune idéalisation de la mort

-Écriture sèche avec aucun embellisement ou dramatisation.

-Paroles d'Emma limites au nécessaire: "J'ai soif", "jette-le!",...

- Pas de réflexion de regret de la vie

- Corps couché à l'écoute du travail de sa destruction.

- Absence du lyrisme, la mort telle qu'elle est.

-Style plus sec: propositions juxtaposées et coordonnées qui au contraire que les propositions subordonnées (avec plus de verbes) offrent une vision moins embellie.

-L'auteur réaliste doit photographier la scène.

-Mots indéterminés: "C'est peu de chose, la mort", "tout sera fini". Flaubert s'oppose au lyrisme, il s'interdit tout imaginaire.

C/ Étouffement du romantisme, le triomphe du réalisme

- La mort prend son temps à venir et provoque des nombreuses douleurs: ce n'est pas une mort rapide et nette qu'est celle qu'attend Emma.

-Emma va être constamment contredite par les faits.

- "je vais m'endormir, et tout sera fini" allusion explicite au romantisme qui est directement niée car "cet afreux goût d'encre continuait"

- De même, "elle sentait un froid de glace qui lui montait des pieds jusqu'au coeur. -Ah! voilà que ça commence!"= Emma croit qu'elle va déjà commencer la mort qu'elle s'attendait depuis le début mais elle est autrefois rejetée: "Elle roulait sa tète avec un geste doux plein d'angoisse, et tout en ouvrant continuellement les mâchoires, comme si elle eût porté sur sa langue quelque chose de très lourd." = on a l'impression qu'elle soit vraiment dans une agonie extrême, qu'elle ne peut même pas supporter. La continuité du mouvement et le souci du détail crée un effet de réalisme et d'exactitude dans la description.

-De plus, l'ellipse "À huit heures, les vomissements reparurent" exprime le fait qu'elle est encore vivante et agonissant. Le romantisme s'avère complètement inadapté à la réalité.

- La description du vomissement est très détaillée, et sans aucun embellisement, c'est la réalité, et la réalité n'est pas toujours belle.

III/ L'impuissance des personnages: des anti-héros

A/ Emma: emprise du poison

- Elle est complètement passive et attachée au lit. Elle se crée une sollitude elle-même, elle rejette Charles.

- Elle ne peut rien faire pour éviter la mort.

B/ Charles: 

- Il ne fait que des questions: "qu'as-tu donc?","Que dis-tu?", "Il la questionna" Il n'agit pas, se limite à tenir un verre.

-Il est un mari maladroit: il ne comprend pas qu'Emma veut qu'il lui enlève le mouchoir.

- Il est un médecin médiocre: "C'est extraordinaire! c'est singulier!"= ces propositions ne sont pas adéquates à la situation et ne s'adapten pas au jargon d'un médecin.


 

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cufflinks 13/06/2011


Un peu déséquilibré tes parties.


jude 01/11/2011


ne seriz-vous pas professeur de français au lycée?


ProfesseurAgrégéDeLettres 08/02/2012

Ce commentaire est l'un des plus laborieux que j'ai croisé, et que je croiserai, du moins je l'espère, de ma vie,
Sur ce, bonne soirée jargonneur

mii 01/04/2012

Bravo formidable travail ! Mais pour la dernière partie, vous pourriez insister davantage sur le contraste entre les deux anti-héros. Emma veut mourir et repousse l'aide et la douceur de Charles.
Mais sinon il est PARFAIT !

lionelle 06/11/2014

bravo ce commentaire est l'un des meilleurs.mais j'aurai préférè avoir plus les conséquences sur la mort.si non c'était chouette.