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Le blog de Toni

Les Fleurs du Mal de Baudelaire : "Au lecteur"

7 Avril 2010 , Rédigé par leblogdetoni.over-blog.com Publié dans #Les Fleurs du Mal

Introduction

Charles Baudelaire, 1821-1867, a une influence romantique, parnassienne et il préfigure le symbolisme.

Au lecteur est le premier poème du recueil, placé hors numérotation, il a toujours été placé en tête dans toutes les éditions. Il est composé de 10 quatrains. Les deux premiers montrent la faiblesse de l’homme en proie aux péchés, sa faiblesse physique et morale. Les 5 suivants montrent l’influence de Satan, la beauté du mal, bref l’esthétique sataniste. Les 3 derniers montrent la place importante qu’occupe le spleen, cette mélancolie.

ProblématiqueQuel est le rôle de ce poème dans l’architecture du recueil ?

I) Une vision pessimiste de l'homme, l'éclairage du titre, LFM

A. La faiblesse de l'homme

-Illustration du titre: la thématique du recueil est donnée= parler du Mal.

-La poèsie permet de chanter le spleen, il naît du mal du poète.

- Champ lexical du vice et des péchés: "lésine", "péchés", "lâches", "débauché", "volons", "plaisir", "clandestin", "démon", "Satan", "viol", "poison", poignard", "incendie", "vices", "Ennui".

-Baudelaire nous montre ici une réalité cachée de l'homme, la face de l'homme corrompu.

-Cette vision de l'homme prône:

=> L'homme comme individu dominé par la lassitude: champ lexical de la paresse "lâches", "oreiller", "berce", "débauché". L'homme est emporté: "C'est le Diable qui tient les fils qui nous remuent", "Chaque jour vers l'Enfer nous descendons d'un pas".

=>L'homme sans volonté: l'homme vit dans l'illusion "notre esprit enchanté", "Croyant par de vils pleurs", "occupent nos esprits", et manque de volonté: "Nos péchés sont têtus" = l'homme est incapable d'anéantir le fait de commettre des péchés, la faute de cette obstination est dirigée aux péchés eux-mêmes, Baudelaire exprime ainsi l'incapacité de l'homme à se culpabiliser ("c'est pas ma faute!"). "Et le riche métal de notre volonté est tout vaporisé par ce savant chimiste"= l'homme est deshumanisé, il n'est plus maître de son corps. La volonté est caractérisée par un lexique laudatif "riche métal" tel une pierre précieuse qui contraste l'importance de sa disparition. (NOTE: le fait que ce soit un " savant chimiste" qui "vaporise" la volonté peut faire penser à l'effet de la consommation de drogues dont Baudelaire soulignera qu'elle est "de toutes les facultés la plus précieuse")

B. L'esthétique sataniste de Baudelaire

-Présence du diable: "Satan", "Démons"

- Il annonce une esthétique satanique

-Satan est la figure de référence

-Dès le 1er vers, il y a le péché, la religion est particulièrement visée par Baudelaire, champs lexical de la religion. Notre volonté, l’erreur, la sottise est transformée par le mal, alchimiste (hermès). Le Styx, est le fleuve qui amène aux enfers. On relève le champ lexical du mal, « Satan », « démon », « diable », le mal est donc très présent. Baudelaire développe ici une esthétique qui est satanique, on remarque la rupture du romantisme, notamment avec Hugo, qui est lassé de mettre dieu au centre.

Cela préfigure les poèmes blasphématoires qui figurent dans la section « révoltes ».

-C'est Satan et non Dieu qui dirige l'homme.

C. L'ennui, le "spleen"

=>Et cet homme devient lâche et sans volonté à cause de son défaut pour le plaisir, le divertissement= c'est le combat contre "l'Ennui"Tout le poème est construit de manière à amener l’ennui qui arrive de façon dramatique. En effet, une majuscule et un point d’exclamation suivit d’un tiret l’isole du reste du poème. On relève une énumération d’animaux monstrueux, « les vautours », puis une seconde d’adjectifs, plus laids, plus méchant, plus immonde… c’est aussi une gradation, « glapissants, hurlants, grognants… ». Ceci accentue ce que l’on doit découvrir, c’est une progression qui mène à l’ennui, lui-même fortement accentué et même personnifié. 

II) Un poème en forme de préface

A. Un pacte avec le lecteur

-Une préface doit remplir plusieurs fonctions, donner l’appartenance du texte, le genre ; définir une poétique, quel ton ? Principe d’écriture ? Établir un protocole de lecture ainsi qu'accrocher le lecteur.

-Ici, ce n’est pas une confession lyrique de Baudelaire, il y a même un retournement de situation au 4ème quatrain, "tu" arrive avec brutalité risquant de ne pas plaire au lecteur, c’est une provocation moderne.

- Le lecteur est masqué, il est impliqué dans l’œuvre, ponctuation, mise en évidence, « Hypocrite lecteur », et ceci dans un but de rapprochement avec l’auteur, "mon semblable, mon frère." .

-Baudelaire comprend une humanité générale: pron. personnel "nous". Il crée une relation d'intimité avec le lecteur.

-Victor Hugo écrit dans la préface des Contemplations : "Insensé qui croît que je ne suis pas toi"= relation d'intimité.

 B. La modernité de Baudelaire : sa violence poétique

Baudelaire donne des images crues, il a des propos violents, on relève le champs lexical de la pourriture, dévoré, rongé par les vices, le spleen, « vermine », « vers qui rongent », « helminthes ». Il y a un mélange de plusieurs genres de langues, grandiose et idéal et spleen. On relève aussi des oxymores (violence antithétique et figures d'opposition).

-La poésie est donc une déchirure entre le spleen et l’idéal mais aussi une réconciliation par les oxymores.

- Annonce d'une modernité par l'usage d'un vocabulaire courant ("vieille orange") qui choque avec un vocabulaire culte ("catin"=mot antique, "helminthe", "trismégiste")

 C. Le déploiement des images

-Il y a des métaphores, des comparaisons, à tous les vers.

-La mort est une allégorie, "sourdes plaintes", "fleuves invisible", métaphore filée, le mal est comparé à un oreiller confortable où Satan va nous bercer. L'Ennui, avec e majuscule, est aussi personnifié "il rêve d'échafauds en fumant son houka".

-Toutes ces images ont pour but de révéler la vision de Baudelaire, révéler le monde tel qu’il est et non tel qu'il semble être. Il nous fait vivre l'expérience, la souffrance du poète par la révélation qu’il a eu de Satan, du diable, de l’ennui. C’est un coup de théâtre car il préfigure le symbolisme.

- Cette préface propose une vision pessimiste de l'homme, ce qui éclaire le titre.


 Conclusion

Nous avons pu voir que ce poème est une véritable préface à l’entrepris des Fleurs du mal, qu’il est une invitation au voyage faite au lecteur où le poète annonce ce qu’il va se dérouler au fur et à mesure de la lecture, où le lecteur vivra une véritable alchimie de la douleur.

 

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Diana 27/06/2016 15:23

Bonjour, merci pour la lecture analytique, ça m'aidera vraiment, j'espère, pour l'oral de français dans deux jours :)

marion 07/09/2015 20:45

Bonjour,
merci cet article m'a aidé à préparer un cours pour mes secondes !

Fred Darevil 26/01/2013 07:38

Bonjour,

Peut-être aimerez vous cette lecture mise en ambiance d'un poème de Charles Baudelaire : http://youtu.be/Tjqw_-DqE7g

Cordialement,
Fred Darevil

Louise 06/06/2012 20:26

Bonjour, tout d'abord merci pour cet article qui m'a permis de trouver les grandes parties de ce poème. De plus je souhaite faire part de 2 petites erreurs concernant les citations du texte(d'après
mon livre). C'est dans le I. A)
L'homme sans volonté: l'homme vit dans l'illusion "notre esprit (suppression du est) enchanté", "Croyant par de(suppression du s) vils pleurs"
Encore merci !

yugo 29/12/2011 16:27

j'ai oublié ! ton commentaire est vraiment bien. Ma prof s'en sert aussi