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Dom Juan V, scène 2 de Molière

par Toni

publié dans Dom Juan

 

DOM JUAN – 4

Acte V, scène 2 de « Il n’y a plus de honte maintenant à cela… » à « … aux vices de son siècle»

INTRODUCTION

situer le passage: Cet extrait de Dom Juan, comédie de Molière de 1665, est un passage de la scène 2 de l’acte V qui nous montre Dom Juan faisant un éloge paradoxal de l’hypocrisie. Ce noble, séducteur, débauché et hypocrite, venait tout juste dans la scène précédente d’exprimer à son père son repentir pour toutes ses mauvaises actions. Resté seul avec son valet, Sganarelle, il expose son vrai point de vue.

présenter Molière: Molière (1622-1673), de son vrai nom Jean-Baptiste Poquelin, était à la fois, comédien, chef de troupe et auteur. Ses comédies font rire en peignant les travers et les vices de la société. Il s’attira l’hostilité de ceux qu’il critiquait, mais son succès lui valut d’être protégé par le Roi. Il a renouvelé le genre de la comédie.

Lecture

Problématique En quoi ce texte est-il un éloge paradoxal?

annonce du plan :          

1. Eloge de l’hypocrisie et des hypocrites

2. Critique sociale par Molière

3. Le pouvoir du langage

I. Eloge de l’hypocrisie et des hypocrites

A. Dans les premières lignes, l’hypocrisie est décrite dans ses caractéristiques générales

- C’est un thème d’actualité : « l’hypocrisie est un vice à la mode » (l.34). Ce n’est que le reflète de ce que tout le monde pratique : « la profession d’hypocrite ».

Mais plus qu’une profession, c’est « un art de qui l’imposture est toujours respectée » (l.38). Notons l’antithèse « imposture /respectée » ainsi que le vocabulaire mélioratif qui décrit l’hypocrisie : « merveilleux avantages – privilégié – impunité souveraine »

à Dom Juan banalise l’hypocrisie.

B. Les hypocrites sont décrits dans une deuxième partie. 

- Les hypocrites sont habiles car ce vice leur est utile : « …ont rhabillé adroitement les désordres de leur jeunesse ».

- ils jouissent de l’impunité car ils font alliance avec les faux dévots traités de « grimaciers »  et de « singes ». Ici, par la bouche de Dom Juan, Molière évoque la polémique soulevée par Tartuffe. Il attaque ceux qui   se cachent « sous le manteau de la religion, sous cet habit respecté »(l.52) qui leur permet « d’être les plus méchants hommes du monde ». Dom Juan lui aussi se réfugiera sous « cet abri favorable ».

- ils se défendent entre eux, donc il n’y a pas de censure de ce vice.

- enfin Dom Juan évoque les « dupes » manipulés par les hypocrites : « on a beau savoir leurs intrigues et les connaître pour ce qu’ils sont, ils ne laissent pas pour cela d’être en crédit parmi les gens »(l.55).

C. Hypocrisie de Dom Juan dans une troisième partie

- Dom Juan a compris tout l’intérêt qu’il y a à suivre  cette méthode : « c’est sous cet abri favorable que je veux me sauver » (l.58). S’il est démasqué il fera appel aux autres, à toute la « cabale » des autres hypocrites qui viendra à son secours.

- S’il choque, il fera semblant d’être choqué à son tour. Il gardera « une haine irréconciliable » (l.62-64) et utilisera le prétexte de venger les « intérêts du ciel » pour poursuivre ses ennemis.

- Dom Juan pourra continuer de vivre comme il l’entend : « je ne quitterai point mes douces habitudes ».

- Dom Juan laisse paraître son sentiment de supériorité : « C’est ainsi qu’il faut profiter des faiblesses de l’homme » (l.74).

II. La critique sociale de Molière

A. Critique de la société

Molière utilise le discours de Dom Juan de manière ironique pour dénoncer la cabale des faux dévots (cf Tartuffe). Cet éloge de l’hypocrisie est en fait une diatribe  contre ceux qui se cachent sous le manteau de la religion pour mal agir : « les plus méchants hommes du monde » (l.53). C’est aussi le constat que les vrais dévots sont dupés par les faux dévots (l.47-49). Il nous donne une image très sombre de la société du XVII° siècle.

B. Critique de Dom Juan

A travers son personnage, Molière critique l’aristocrate qui se croit tout permis, qui a un sentiment de supériorité démesuré et une arrogance insupportable : « je m’érigerai en censeur… je jugerai mal de tout le monde et n’aurai bonne opinion que de moi » (l.65).

III. Le pouvoir du langage

A . Un discours structuré mais peu convaincant

les hypocrites sont des comédiens qui savent tromper le monde : « un soupir mortifié » - « deux roulements d’yeux ».

CONCLUSION : Ce passage qui vient vers la fin de la pièce éclaire d’une plus grande profondeur la vraie nature de Dom Juan. Il se montre totalement amoral en faisant cet éloge de l’hypocrisie, mais en même temps il y a une certaine contradiction puisqu’en fait il se révèle à nous sous son vrai jour. On sent que cette tirade est aussi une tribune pour permettre à Molière de régler ses comptes avec les faux dévots et se venger de ce qu’il a subi quand il a fait jouer Tartufe.

 

 

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Dom Juan acte IV, scène 3 de Molière

par Toni

publié dans Dom Juan

DOM JUAN – 3

Acte IV, scène 3 du début à  « … que je ne fisse pour votre service»

INTRODUCTION

situer le passage: Cet extrait de Dom Juan, comédie de Molière de 1665, est un passage d’une scène comique qui se situe au début du 4ème acte, entre deux moments beaucoup plus graves de la pièce. Dom Juan, le noble séducteur débauché, a emprunté de l’argent à un bourgeois, M. Dimanche. Ce dernier vient le lui réclamer, mais Dom Juan use de tous les artifices possibles pour éviter d’aborder cette délicate question.

présenter Molière: Molière (1622-1673), de son vrai nom Jean-Baptiste Poquelin, était à la fois, comédien, chef de troupe et auteur. Ses comédies font rire en peignant les travers et les vices de la société. Il s’attira l’hostilité de ceux qu’il critiquait, mais son succès lui valut d’être protégé par le Roi. Il a renouvelé le genre de la comédie.

Lecture

Problématique Quels sont les ressorts de cette scène comique et que nous apprend-elle sur Dom Juan ?

annonce du plan :          

1. Le comique

2. La critique sociale

3. Jeu cruel

I. Comique de situation

A. Le comique de situation:

On observe une inversion des rôles entre Dom Juan et M. Dimanche : le débiteur (DJ) est à l’aise tandis que le créancier est gêné et se trouve dans l’incapacité de réclamer son dû.

Amabilité  excessive de Dom Juan :

il réprimande ses valets : « que je veux du mal à mes gens de ne vous pas faire entrer d’abord »(l.3)

il ordonne un siège pour M. Dimanche : « je veux que vous soyez assis contre moi » (l.17)

Il lui demande de ses nouvelles et de celles de sa famille.

Il l’invite à dîner : « voulez-vous souper avec moi ? »(l.72)

Il veut le faire reconduire comme un personnage d’importance ou propose de le reconduire lui-même et l’embrasse.

M. Dimanche est obligé de le remercier : « C’est trop d’honneur » (l.48) – « vous avez trop de bonté pour moi »(l.68) – « nous vous sommes, Monsieur, infiniment obligés ».

B. Comique de gestes :

-gestes exagérés de civilités

- installation et désinstallation du siège par les valets

C. Comique de langage

- On compte 19 répétitions des interruptions qui empêchent M. Dimanche de dire ce qu’il a à dire.

-  On observe une gradation comique dans la demande des nouvelles de la famille de M. Dimanche : M. Dàsa femmeàsa filleàson filsàson chien

- Dom Juan a le culot de parler de sa dette lui-même ; on dirait qu’il s’en vante : « Je suis votre débiteur…je le dis à tout le monde »(l.82) 

- emploi des hyperboles : « meilleur de mes amis » (l.13) – « santé admirable…lèvres fraîches… teint vermeil »(l.36) – « je l’aime de tout mon cœur »(l.46) – « je suis à vous de tout mon cœur »(l.65).

- emploi d’un terme à double entente : « intérêt » (l. 69) : Dom Juan le paie de mots et non d’argent.  Il l’utilise ironiquement dans : « j’y prends beaucoup d’intérêt » (l.59) et surtout dans « Et sans intérêt… » (l. 69) !

II. La critique sociale

A. Caractères stéréotypés

M. Dimanche est un bourgeois riche qui prête naïvement de l’argent à un noble. Malgré qu’il soit le créancier, il se trouve dans une situation d’infériorité ; il rappelle Le Bourgeois Gentilhomme. Il est obligé d’obéir à Dom Juan pour pouvoir poursuivre son but (l.29)

Dom Juan est un noble dominateur car très imbu de sa classe sociale. Il sait que M. Dimanche n’osera pas l’interrompre. Il est beau parleur et n’hésite pas à flatter exagérément : « vite un flambeau… que quatre à cinq de mes gens prennent des mousquetons pour l’escorter ». 

B. Situation classique.

Contraste entre deux classes sociales (noblesse/bourgeoisie) où le plus fort se moque du plus faible. Critique de la noblesse qui méprise ce qui a rapport à l’argent même lorsqu’elle profite de celui des autres.

III. Jeu cruel

Caractère de Dom Juan

Il apparaît immoral et moqueur. Son soi-disant intérêt pour M. Dimanche est évidemment hypocrite. Cependant il est si habile que les rieurs sont de son côté ne serait-ce que parce que cela semble moins grave de duper un créancier que de tromper les femmes. Le public se moque volontiers de la naïveté de M . Dimanche.

Cette scène évoque le jeu du chat et de la souris : le chat torture la souris en lui laissant de l’espoir de temps en temps, il l’attrape, la lâche, la reprend. Les flatteries de Dom Juan et surtout son allusion à sa dette laissent croire à M. Dimanche qu’il aura peut-être gain de cause, alors que Dom Juan n’a nulle intention de lui donner quoi que ce soit.

Cette scène éclaire une fois de plus l’habileté et la cruauté de Dom juan.

 

CONCLUSION : Cette scène décidément comique apporte un moment de détente dans cette pièce très originale de Molière où s’alternent des moments tragiques (la situation de Done Elvire) ou baroques (l’apparition de la statue et la fin du héros). Elle éclaire le caractère cruel de Dom Juan qui se moque d’un bourgeois naïf mais nous laisse pleins d’admiration pour son habileté. De cette manière, le personnage de Dom Juan acquiert une plus grande profondeur.

 

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Dom Juan I, 1 Une scène d'exposition

par Toni

publié dans Dom Juan

DOM JUAN – 1

Acte I, scène 1 de « Un homme de sa qualité… » à  fin de la scène

INTRODUCTION

situer le passage: Ce passage de Dom Juan, comédie de Molière de 1665, se situe dans la deuxième moitié de la première scène, scène d’exposition de la pièce. Gusman, le valet de Done Elvire, a appris à Sganarelle, valet de Dom Juan, que, après le départ subit de ce dernier, sa maîtresse s’est mis à sa poursuite car il lui a proposé le mariage et elle est amoureuse de lui. Sganarelle va donc dresser le portrait de Dom Juan à Gusman.

présenter Molière: Molière (1622-1673), de son vrai nom Jean-Baptiste Poquelin, était à la fois, comédien, chef de troupe et auteur. Ses comédies font rire en peignant les travers et les vices de la société. Il s’attira l’hostilité de ceux qu’il critiquait, mais son succès lui valut d’être protégé par le Roi. Il a renouvelé le genre de la comédie.

Lecture

Problématique : En quoi ce passage est-il caractéristique d’une scène d’exposition ?

annonce du plan :          

1. Indices de la scène d’exposition

2. Présentation des personnages principaux

 

I. Indices de la scène d’exposition

A. Il s’agit d’une comédie :

La pièce est écrite en prose, langage caractéristique de la comédie : on trouve un  langage familier : « Eh ! mon pauvre Gusman » (l.39) – les valets se tutoient. Il s’agit par moments d’un registre burlesque : Dom Juan est traité par Sganarelle de : « loup-garou » de « pourceau d’Epicure ». Il le définit encore dans une énumération où toutes les métaphores sont mélangées : « enragé, chien, diable, Turc, etc… »

B. Le thème est annoncé Il s’agit d’un amour contrarié : Done Elvire aime Dom Juan qui ne se soucie pas d’elle.  On sent aussi une critique sociale de la noblesse suggérée par ce valet qui ne respecte pas son maître.

C. Rôle des valets dans la présentation des personnages principaux

Ceci permet de faire connaître la personnalité de ces valets et surtout de Sganarelle qui a un rôle important dans la pièce.

Sganarelle apparaît comme un vantard, un pédant faussement cultivé. Il utilise des mots latins « inter nos »  ou des références culturelles : « Epicure » - « Sardanapale » Il est traître à son maître ; il le critique violemment: « le plus grand scélérat », en lui manquant totalement de respect, mais il en a peur dès qu’il le voit apparaître : il prévient Gusman qu’il reniera tout ce qu’il lui a dit, si besoin est.

Gusman, lui, apparaît fidèle à Done Elvire. Il semble très naïf : il ne voit pas la fourberie de Dom Juan, et s’étonne de son comportement du fait de sa situation sociale : « Un homme de sa qualité ferait une action si lâche ! »

 

II. Personnages présentés

A. Dom Juan

Gusman a une vision idéalisée de Dom Juan, peut-être parce qu’il est influencé par Done Elvire. Il décrit dans une longue énumération, soulignée par une anaphore, toutes les manifestations de l’amour de Dom Juan pour sa maîtresse : « tant d’amour, tant d’impatience, tant d’hommages… ».

Sganarelle fait un double portrait de son maître :

- Portrait moral absolument négatif. Il le compare à un animal « loup-garou… pourceau…bête brute… ». Il le peint comme un mécréant : « il ne croit ni ciel, ni enfer… il ferme l’oreille à toutes les remontrances chrétiennes… » ; il est pire que le diable puisque Sganarelle dit : « il me vaudrait bien mieux d’être au diable que d’être à lui ». C’est un débauché ; pour satisfaire ses désirs, il ne recule devant rien et le mariage n’est pas sacré pour lui : « il aurait encore épousé toi, son chien et son chat ». Il n’a pas de respect pour les femmes qu’il ramène à des choses qui satisfont son désir : « dame, demoiselle, bourgeoise, paysanne, il ne trouve rien… ».

- Portrait social aussi : c’est « un grand seigneur ». Il peut donc tout se permettre et Sganarelle ne lui est fidèle que par la crainte qu’il en a : « la crainte en moi fait l’office du zèle ».

B. Done Elvire

On devine, en quelques mots de Gusman, que Done Elvire est une femme qui considère l’amour comme une chose sérieuse et sacrée. Champ lexical religieux : « saints nœuds du mariage – l’obstacle sacré du couvent ».

 

CONCLUSION : Ce passage est caractéristique d’une scène d’exposition. Une intrigue est déjà nouée entre deux personnages que tout semble séparer. La présentation du personnage de Dom Juan provoque l’intérêt du spectateur. Ce dernier pourra désormais se forger une opinion qui viendra conforter ou non la description faite par Sganarelle.

 

 

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Figures de style pour le Bac Français

par Toni

publié dans Le BAC

I/ Les figures de style construites par analogie

- COMPARAISON

-MÉTAPHORE

-PERSONNIFICATION

-ALLÉGORIE

II/ Les figures de style construites par opposition

-ANTITHÈSE

-OXYMORE

-ANTIPHRASE

III/ Les figures de style construites par symétrie

- ANAPHORE

-PARALLÉLISME

-CHIASME

IV/ Les figures de style par substitution

-MÉTONYMIE

-PÉRIPHRASE

V/ Les figures d'insistance par amplification

- Hyperbole

-ANAPHORE

-ÉNUMÉRATION ET ACCUMULATION

- GRADATION

VI/ Les figures d'atténuation 

-EUPHÉMISME

-LITOTE

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Sujet du Bac Français 2010 à Barcelone

par Toni

publié dans Le BAC

- La poésie: corpus de poèmes dont,


TEXTE A: Charles BAUDELAIRE, Les Fleurs du Mal, Tableaux Parisiens, "Rêve parisien", 1861

TEXTE B: Victor HUGO, Les Orientales, "Rêverie", 1829

TEXTE C: Maurice ROLLINAT, Les Nevroses, "La Bibliothèque",1883

TEXTE D: Aloysius BERTRAND, Gaspard de la nuit, "Un rêve", 1842

TEXTE E: Guy de Maupassant, La république des Lettres, "Terreur", 1876


I- Vous répondrez d'abord à la question suivante:

À la lecture des textes de ce corpus, identifiez quelques éléments caractérisant la rêverie.

II- Vous traiterez ensuite l'un des trois sujets suivants:

1- Commentaire

Vous commenterez le poème "Rêverie", tirédu recueil des Orientales de Victor Hugo.

2- Dissertation

Le cardinal de Bernis affirmait qu' "il suffit de penser pour être un homme d'esprit, mais [qu'] il faut imaginer pour être poète" (Discours de la poésie).

Vous discuterez cette citation en vous appuyant sur les textes du corpus, les poèmes étudiés en classe et vos lectures personnelles

3- Écriture d'invention

En vous inspirant de l'univers fantastique crée par M Rollinat dans son poème "La Bibliothèque", vous écrivez un texte en prose qui donne la parole à certains des "treize grands portraits" parmi lesquels un poète connu et un "farfadet". Leur conversation porte sur l'intérêt et les divers charmes des ouvrages poétiques conservés dans cette bibliothèque.

Vous ferez appel à vos lectures pour étayer la conversation entre les différents personnages.

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Comment étudier un texte littéraire

par Toni

publié dans Le BAC

On doit suivre une méthode d'étude à mon avis pour ne pas oublier des aspects du texte. De cette façon, on appliquera simultanément un plan d'étude qui varie en fonction du genre de texte auquel on est confrontés.

L'analyse comporte également une partie qui englobe tous les textes.

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Dom Juan III, 2 "La scène du Pauvre" de Molière

par Toni

publié dans Dom Juan

Commentaire

INTRODUCTION:

PROBLÉMATIQUE:

- Comment DJ incite-t-il le pauvre à renier sa foi? 

- Quel rapport DJ entretient-il avec la religion?

- Comment s'exprime ici le libertinage de DJ?

- Quel est le rôle du pauvre ermite dans ce passage?

 

I/ La tentative de corruption

A) Structure: La scène comporte trois phases.

1) l.1-l.7 (trois répliques) = Sganarelle demande le chemin au pauvre. Question symbolique de la pièce: qu'elle voie faut-il suivre? DJ est sur le mauvais chemin, il rencontre des messagers qui cherchent  à le mettre sur la bonne voie.

2)8-26 (11 répliques)=  Critiqué par DJ après avoir demandé de l'aumône,  le pauvre explique sa situation et lui propose de prier le ciel pour lui. À partir de là, DJ va le pousser à s'interroger sur l'efficacité de la prière. Mais il parle ironiquement et le pauvre ne comprend pas.

3) 27 à fin= Devant l'échec de cette tentative, DJ utilise un autre procédé: une pièce de monnaie. C'est toujours lui qui a l'initiative: "il faut jurer". Demander de jurer= blasphémer. Il ne tient pas compte des supplications. Le pauvre finit par rénoncer à la pièce.

--> Stratégie en trois temps: 1) La remise en cause du caractère sacré de l'aumône 2) virulentes moqueries contre l'inutilité de la prière 3) tentation du louis d'or. Dom Juan devient Satan. En prenant ce rôle, il renouvelle le combat mythique qui oppose Satan le révolté contre Dieu.

B) Qui mène le jeu, qui gagne?

1. DJ tente deux types de corruptions: l'une intellectuelle l'autre matérielle. Il domine à la fois par son initiative, par son esprit et par son argent. Mais il ne parvient à ses fins. Pourqoi donne-t-il de l'argent quand même?

- La pression qu'il exerce se traduit d'abord par des questions faussement naíves, interro-négatives: "Il ne peut donc pas que tu sois à ton aise?" ; par une sorte d'aphorisme ironique: "un homme qui prie le Ciel tout le jour ne peut manquer d'être bien dans ses affaires"; puis par des injonctions "il faut jurer", "mais jure donc".

2. Le pauvre résiste d'abord par sa naïveté, il parle au premier degré pour répondre à la question de DJ. Il ne tient pas compte que d'une partie de la question, celle qui concerne sa pauvreté et ne fait pas le lien avec le fait qu'il prie. L'Evangile dit "Heureux les simples en esprit car ils verront Dieu", il résiste par sa force morale, sa foi. Il est l'exemple de ce que peut produire une conviction profonde. 

-Sa faiblesse et sa résistance se traduisent par des supplications à la forme exclamative et interrogatives: "monsieur, je suis dans la plus grande nécessité". Il n'oublie pas de marquer sa condition sociale par "monsieur" répété 7 fois.

((( Deux champs lexicaux dominent le dialogue, celui de la pauvreté et de l'argent d'une part, celui de la religion d'autre part.)))

C) Le rôle de Sganarelle

1- Le valet: la première réplique. DJ ne s'abaisse pas à demander son chemin.

2- L'adjuvant de la victime: Il informe le pauvre que DJ ne croit pas au ciel. "il ne croit qu'en...". C'est un rappel de la scène précédente où Sganarelle a fait parler DJ sur ses croyances: le ciel, l'enfer, le moine bourru... S. encore mêle croyances populaires et chrétiennes. 

3- L'adjuvant du corrupteur: "jure un peu, il n'y a pas de mal". La religion de S. ne va pas jusqu'au sacrifice. Il veut aider le pauvre a survivre, il ne partage pas son intégrisme.

Sganarelle est plutôt du côté des victimes, mais il ne peut s'opposer franchement à son maître.

II/ L'enjeu: Dieu et DJ

A) Le choix du pauvre

1- Le pauvre représente un choix de vie ascétique prôné par le Christ lui-même. Voir les 40 jours du Christ dans le désert et la tentation du diable Evangile selon saint Luc 4. Celui qui veut faire son salut doit abandonner ses biens. Voir "Il est plus difficile pour un riche d'entrer au royaume de Dieu que pour un chameau d'entrer dans le chas d'une aiguille". Il passe donc sa vie à prier.

2- Mais il y a une faille dans ses paroles: il semble passer un marché avec ses bienfaiteurs: il prie pour le salut de ceux qui lui donnent de l'argent. Il prie donc pour le maintien de l'ordre du monde. Les riches achètent leur salut au lieu de la faire eux-mêmes.

B- Le raisonnement de DJ

1- Dj essaie d'exploiter cette faille: si l'on peut monnayer quelque chose avec Dieu, pourquoi ne pas lui demander de l'aide matérielle directement.? "Eh! prie le qu'il te donne un habit sans te mettre en peine des affaires des autres".

- Il va plus loi dans se raisonnement: pourquoi Dieu laisse-t-il son fidèle serviteur dans la misère? " un homme qui prie le Ciel tout le jour ne peut manquer d'être bien dans ses affaires." Cela suggère soit que Dieu est ingrat, soit qu'il n'existe pas, en tout cas que la prière est inutile pour vivre. C'est un raisonnement de libertin, qui ne cherche que l'efficacité.

C- Personnalité de Dom Juan

- Il est cruel, méprisant, il veut forcer ce pauvre homme à renier ce qui fait le sens de son existence.

- C'est un libertin qui se moque des valeurs religieuses: le voeu de pauvreté, l'existence d'un Dieu bon et tout puissant. Il prend plaisir à défier Dieu.

-Il se moque aussi de la charité: "l'une des trois vertus théologales, et celle qui est principalement recommandée aux chrétiens. Elle consiste à aimer Dieu de tout son coeur, et son prochain comme soi-même".

- Mais il donne la pièce pour l'amour de l'humanité: ce qui peut être interprété comme une générosité qui s'appuie sur l'humanisme sans référence aux valeurs religieuses. Attention: triple interprétation: 1) critique de la fausse charité des riches qui se donnent bonne conscience; 2) la solidarité humaine est préférable à l'inutile recours à Dieu qui ne se manifeste pas 3) triomphe insolent et orgueilleux du révolté qui élimine Dieu et fait de l'homme la valeur suprême. "pour l'amour de Dieu".

D) Tonalité de la scène

- Ce qui domine, c'est une tension pathétique créée par le jeu cruel de DJ où le spectateur a pitié du pauvre.

- En même temp, il y a une excitation intellectuelle créée par le raisonnement de Dj.

- Il y a aussi des légères touches de comique fournies par les interventions de Sganarelle, qui relâche la tension, soit en caricaturant les croyances de DJ, soit en laissant comprendre que lui ne résisterait pas à la tentation. 

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Dom Juan acte II,2 "Dom Juan courtise Charlotte" de Molière

par Toni

publié dans Dom Juan

Commentaire

Introduction

Problématique

I/ Une scène de séduction

A) Le schéma actanciel 

- La scène met en présence trois personnages:

-> Don Juan, personnage principal et éponyme, peut être considéré comme le sujet principal. Il est aussi le destinataire.

-> Charlotte constitue son objet: on s'en rend compte dès les premières lignes: "Ne trouves-tu pas, dis-moi, que celle-ci vaut bien l'autre? Ce qui pousse Dom Juan c'est le désir de conquête, la nature, son obsession pour la beauté.

-> Il aborde rapidement Charlotte et lui propose mariage: " sachez que je n'ai d'autre dessein que de vous épouser"

->Sganarelle est à la fois un adjuvant et un critique. Adjuvant quand il conforte DJ dans son projet l.4: "Assurément. Autre pièce nouvelle" ou rassure Charlotte sur les intentions de Dom Juan l.65: "et je prends à témoin l'homme que voilà de la parole que je vous donne". Critique dans les apartés ironiques l.4 et l.55: "Il n'a garde". 

-> Dom Juan l'interpelle au début pour lui demander son avis sur Charlotte l.2 puis l.17. DJ s'en fait un complice et un  témoin de ses exploits. Il a une fonction comparable à celle de Sancho Panza auprès de Don Quichotte. L'ambivalence de son rôle est soulignée par le double sens de ses paroles (ironie) et par les apartés.

B) L'économie du dialogue

- Le temps de parole montre que c'est DJ qui domine. Sganarelle n'intervient que très marginalement.

-DJ dispose du plus long temps de parole. Cependant, Charlotte se défend assez bien vu sa situation. Elle a même une petite tirade l.50-54 où elle développe un peu sa pensée. Il y a donc une résistance de sa part (ce qui ne fait que renforcer l'intérêt que lui porte DJ).

-Ajoutons le niveau de langue qui montre aussi la supériorité de Dom Juan. Charlotte s'exprime simplement "Fi!... elles sont noires comme du charbon", voire de façon populaire en supprimant les r par ex. "les monsieux", toujou", "enjoleux" (53-54) Qui mène le jeu? C'est DJ.

C) Les étapes de la séduction

-Première étape: il aborde sa victime en lui posant quelques questions banales l-14 = Stichomythie. Charlotte se contente de répondre brièvement et poliment ( répétition de "Monsieur", "pour vous servir").

-Deuxième étape l.14-36: il la complimente sur plusieurs points physiques: yeux, taille, tête, yeux à nouveau. Puis les mains. On suit le mouvement de son regard

 ->Charlotte essaye ici de se défendre car elle ne croit pas à l'éloge de DJ sur ses mains, trop invraisemblable.  Mais elle est toujours tentée de le croire. "je vous suis bien obligée si cela est".

-Troisième étape l.37-fin: DJ aborde le vif du sujet sans transition : "vous n'êtes pas mariée sans doute?". Les répliques s'allongent encore car le sujet est plus délicat. Dj est obligé à argumenter en sa faveur: il se dit fidèle, honorable et de bonne foi. Charlotte se défend davantage mais elle finit par céder , la proposition de mariage la séduit, elle est donc séduite par la parole de Dom Juan.

=> On assiste donc a une offensive en trois temps où DJ renforce peu à peu sa pression tandis que Charlotte résiste mais recule peu à peu. Si elle cède rapidement c'est parce qu'elle  n'est pas amoureuse de Pierrot, dont la naïveté a été soulignée dans la scène précédente qui prépare celle-ci.

=> La tonalité du texte est ambiguë. On peut s'amuser de l'habileté de DJ, de la naïveté de Charlotte, et de la du`plicité de Sganarelle. Le spectateur étant au courant de la personnalité de DJ assiste avec intérêt à sa stratégie. Mais il est difficile d'oublier l'enjeu sérieux pourr la jeune fille. Notons que dans cette "comédie sérieuse" (terme qui désigne certaines comédies de Molière comme Tartuffe, Le Misanthrope

II/  Le portrait du séducteur à travers cette scène

A) Sa tactique

-Elle consiste en deux points essentiels: la flatterie et sa propre mise en valeur

La flatterie porte uniquement sur la beauté physique de la femme. Il l’examine comme on le ferait pour un animal, la fait tourner et montrer ses dents, ses mains. Exclamations, questions rhétoriques soulignent son admiration 37, 48. On devine qu’il ment à propos des mains d’après la protestation appuyée de Charlotte. DJ n’hésite pas à baiser des mains sales de paysanne comme il le ferait pour une femme du monde. Il veut la persuader qu’elle est hors du commun, bien au-dessus de sa classe sociale. Cette flatterie débouche sur l’idée qu’elle ne peut épouser un homme quelconque mais peut espérer un mariage beaucoup plus intéressant l.70. 

- L’autre versant de la tactique le concerne lui-même. Tout d’abord, il éprouve un amour aussi rapide que violent ; comparer « Je suis ravi » l.44, « Je vous aime trop pour cela » l.49 (formule passe-partout, encore assez vague), « je vous aime de tout mon coeur » 75 et enfin 80 « on vous aime autant en un quart d’heure, qu’on ferait une autre en six mois». Il se sent d’ailleurs obligé de se justifier et en revient aux charmes de Charlotte. 

- Ensuite, il jure de sa sincérité, de la différence entre lui et les autres aristocrates de cour. Le fait de jurer est un acte solennel à l’époque, la promesse de mariage doit être respectée sous peine de poursuites. Il en appelle au Ciel : « Dieu m’en garde » 48, « Le Ciel qui le connaît bien m’a conduit ici tout exprès pour empêcher ce mariage » 73. Il emploie le mot « profaner » pour parler de la beauté de Charlotte, terme religieux qui veut dire traiter avec mépris ce qui a un caractère sacré. Se montrer parjure est à la fois méprisable dans la mentalité aristocratique et insultant pour la religion. On peut être emprisonné, voire exécuté pour une injure de ce type. [Au siècle suivant, le chevalier de La Barre sera torturé et mis à mort pour avoir osé garder son chapeau devant une procession, ce sera un des combats de Voltaire. Le marquis de Sade sera emprisonné pendant 25 ans pour ses écrits et sa conduite libertins.].

B) Sa personnalité

-C’est un monomaniaque, un obsédé. Comme dans beaucoups de comédies de Molière, le personnage central est intéressé    par un seul sujet ; l’argent chez Harpagon (L’Avare), sa santé dans Le Malade imaginaire, l’aristocratie dans  Le Bourgeois gentilhomme, etc. Ici, l’obsession de DJ  est la conquête des femmes. Dans l’acte I scène scène 2, DJ se présente lui-même dans une tirade célèbre où il dit notamment « La beauté me ravit partout où je la trouve, et je cède facilement à cette douce violence ». Ici, cette obsession et son instabilité se révèlent dans les premières paroles ; il passe d’une femme à une autre sans pause, sans même avoir terminé la conquête de la précédente: 1-3: les femmes sont interchangeables

Il est habile, expert: Son arme essentielle est le beau langage. D’ailleurs Charlotte est bien consciente de cette capacité   l. 55 « Monsieur, tout ça est trop bien dit pour moi et je n’ai pas l’esprit pour vous répondre », elle n’est pas de taille pour  jouer à ce jeu là. A la fin, elle montre aussi que c’est ce langage qui l’a séduite « je ne sais comment faire quand vous parlez. Ce que vous dites me fait aise et j’aurais toutes les envies du monde de vous croire » 82. Si la beauté séduit DJ, lui séduit par les mots. Remarquons que le rôle est souvent tenu par des acteurs expérimentés et non par de jeunes gens. Ex Michel Piccoli, 40 ans, dans la version télévisée de Marcel Bluwal,  Jacques Weber en 1998. Dans Les Liaisons dangereuses de conquête de Laclos, c’est aussi le langage qui est déterminant. 

- C’est un personnage sans scrupules. Il commet ici plusieurs fautes contre la morale commune et la religion à l’époque quasiment pratiquée par tous. D’abord, il s’attaque à une paysanne, c’est une proie facile. Celle-ci souligne bien la différence de classe entre eux 62 « C’est trop d’honneur que vous me faites », et lui-même se sert de cette différence    pour la tenter « Une personne comme vous serait la femme d’un  simple paysan » 69. Il la domine socialement et culturellement. Or, il est contraire aux lois de l’honneur aristocratique de s’attaquer à plus faible que soi ; c’est l’inverse de l’amour courtois qui oblige l’homme à choisir une femme plus haut placée que lui. Ensuite, cette paysanne n’a pas    d’autre bien que son honneur, c’est-à-dire sa virginité. Elle insiste sur ce point 91 « je ne suis qu’une pauvre paysanne,    mais j’ai l’honneur en recommandation et j’aimerais mieux me voir morte que de me voir déshonorée ». Ceci souligne l’importance de l’enjeu pour elle et la malhonnêteté du séducteur. Une fois « séduite » (= déflorée, par euphémisme), il n’est pas sûr qu’elle puisse se marier, cela pèsera très lourd dans sa réputation. De plus, Charlotte est fiancée à Pierrot, cela est rappelé par Charlotte 67 ; or, c’est lui qui a sauvé DJ de la noyade dans une scène précédente. Là encore DJ va    à l’encontre du code aristocratique fondé sur la reconnaissance et la loyauté. Enfin, DJ insulte la religion et le code aristocratique en donnant sa parole sans avoir l’intention de la tenir 82-83. 

III/ Une farce?

 

CONCLUSION Ce texte présente donc le séducteur en action. Il dresse le portrait du libertin cynique qui semble prendre sa source en Espagne mais va être largement exploité en France aux XVII° et XVIII° siècles. Sade poussera ce cynisme dans ses limites extrêmes avec des textes comme _La Philosophie dans le boudoir ou Justine _[cela lui vaudra d’être emprisonné 25 ans]. conquête de Laclos en fera un portrait plus subtil dans Les Liaisons dangereuses.  

 En ce qui concerne DJ, il aggrave son cas aux yeux de l’Eglise et de la société. Il tient tête au Ciel, comme il le répète souvent. Cela le rapproche du châtiment final.

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